Rare et lourde de sens dans le paysage politique national : Aziz Akhannouch, chef du gouvernement et président du RNI depuis 2016, a déclaré ne pas briguer un nouveau mandat à la tête de son parti. Un choix surprenant qui intervient à quelques mois des élections législatives de septembre prochain. Décryptage.
Ahmed Zoubaïr
L’annonce est tombée comme une douche froide au sein du Rassemblement national des indépendants (RNI). En pleine réunion du bureau politique, ce dimanche 11 janvier, Aziz Akhannouch a surpris tout le monde : il ne rempilera pas à la tête du parti lors du congrès extraordinaire prévu le 7 février.
Dans un un pays où les leaders politiques s’accrochent souvent à leurs postes, la décision de Aziz Akhannouch a en effet de quoi surprendre. Mais derrière sa volonté de ne pas briguer un autre mandat , se dessine une réalité politique bien moins brillante. Un départ en douceur ? Pas vraiment. Car le contexte parle de lui-même : désamour populaire, critiques internes, colère sociale… C’est un chef fragilisé qui quitte visiblement le navire.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2021, porté par une majorité confortable, Akhannouch n’a cessé de défendre, chiffres à l’appui, le bilan de son gouvernement. Il a martelé devant les parlementaires et dans les réunions du parti que sa gestion était « performante », « efficace », « responsable ». Mais sur le terrain, l’enthousiasme des électeurs s’est transformé en grogne sourde. La flambée des prix, notamment des produits alimentaires de base et des viandes rouges, a frappé durement les classes moyennes et populaires. L’image d’un pouvoir économique défendant ses intérêts propres s’est installée, surtout après les généreuses subventions accordées aux importateurs de bétail, parfois proches du parti.
Résultat : le RNI, formation jadis triomphante, souffre aujourd’hui d’un véritable trou d’air. Même dans les rangs du parti, certains commencent à remettre en question les choix du leader, notamment son omniprésence en tant qu’homme d’affaires, chef de gouvernement et patron de parti. Beaucoup y voient une concentration de pouvoirs contre-productive. Son retrait de la présidence est interprété par plusieurs cadres comme le prélude d’un retrait plus large, peut-être même d’un départ définitif de la scène politique après les élections législatives de 2026.
La décision d’Akhannouch, au lieu de soulager le parti, l’a laissé groggy. Les visages étaient défaits, les voix étouffées. Ce n’est pas un simple départ, c’est une forme de capitulation silencieuse. Le chef quitte le navire, non pas par sagesse, mais parce que l’iceberg électoral se profile à l’horizon. Reste à savoir si le RNI saura reconstruire une crédibilité auprès d’un électorat désabusé — ou si le navire, privé de capitaine, dérivera lentement vers des rivages incertains…








