Après des années marquées par une faiblesse pluviométrique inquiétante, le ciel s’est enfin montré généreux avec le Maroc. Pluies abondantes, neige à foison, barrages qui se remplissent à vue d’œil… L’hiver de 2025 ( fin décembre et une bonne partie de janvier ) restera dans les mémoires comme une bénédiction tant espérée. Les agriculteurs reprennent espoir, les paysages retrouvent leur fraîcheur, et l’on entend à nouveau le clapotis des ruisseaux asséchés… Devant les députés, le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a affiché lundi 12 janvier un optimisme mesuré, chiffres à l’appui : entre le 1er septembre et le 12 janvier, le Royaume a enregistré 108 mm de précipitations, soit une hausse spectaculaire de 95 % par rapport à l’année dernière, et un excédent de 17,6 % comparé à la moyenne saisonnière.
Une embellie météorologique qui, si elle se confirme, pourrait marquer un tournant dans la gestion du stress hydrique. Mais au-delà des chiffres et des sourires affichés dans l’hémicycle, une question centrale se pose : que fera-t-on de cette eau retrouvée ? Car si le ciel a enfin rempli sa part du contrat, c’est désormais aux pouvoirs publics de remplir le leur. Mais que cette euphorie ne nous fasse pas oublier l’essentiel. Ce que la nature nous donne en deux semaines peut s’évaporer en une saison. Car derrière cette embellie se cache un constat plus grave : les nappes phréatiques sont épuisées, pompées sans relâche pour nourrir une agriculture de rente tournée vers l’export.
Dans certaines régions du pays, il faut désormais forer à plus de 200 mètres de profondeur pour espérer trouver une goutte d’eau. Un chiffre qui en dit long sur l’ampleur du désastre. Des réserves hydriques stratégiques, patiemment constituées au fil des décennies – voire des siècles – ont été littéralement vidées, siphonnées par une agriculture intensive dictée par des lobbys plus soucieux de rendement que de durabilité.
Le Maroc, bien qu’engagé dans le dessalement, ne peut se permettre de gaspiller son précieux capital hydrique.
Peut-on continuer objectivement à exporter des tomates et des avocats au prix de nos réserves vitales? Le Maroc, bien qu’engagé dans le dessalement, ne peut se permettre de gaspiller son précieux capital hydrique. Pendant que certaines cultures gourmandes en eau prolifèrent dans El Gharb, le nord et même au Sahara, dans les zones bour, les habitants scrutent le ciel en espérant que chaque nuage s’attarde un peu plus sur leurs terres assoiffées.
Et qu’en sera-t-il des générations futures ? Trouveront-elles encore de quoi boire et manger ou seront-elles condamnées à récolter les fruits de l’insouciance de leurs aïeuls ? Le temps est venu de revoir le modèle agricole national, de mettre la sobriété au cœur des choix politiques et de penser à long terme.
Alors que les besoins en eau ne cessent de croître à l’échelle mondiale, la ressource, elle, reste désespérément limitée. Au Maroc, cette réalité s’est traduite récemment par une série de pénuries sévères: de nombreuses villes ont connu des coupures d’eau, parfois prolongées, plongeant des milliers de foyers dans la pénurie et l’inquiétude. Des grandes métropoles comme Casablanca n’ont dû leur salut qu’à l’eau dessalée, en raison de barrages à sec ou presque. Dans plusieurs régions du monde, notamment au Moyen-Orient et en Afrique, l’eau est bien plus qu’une ressource vitale : elle devient un enjeu stratégique. L’accès à l’eau potable, à l’irrigation ou aux nappes phréatiques attise rivalités et tensions, que ce soit entre groupes ou entre États. Avec le changement climatique, cette pression s’intensifie. La raréfaction des ressources hydriques ne fait qu’exacerber les conflits existants, tout en ouvrant la voie à de nouvelles formes de compétition, plus féroces et plus globales.
Dans ce contexte très sensible , le véritable défi des années à venir sera pour le Maroc non seulement de préserver la qualité des ressources hydriques existantes, mais aussi d’assurer une gestion durable de leur quantité. L’objectif est clair : garantir à la population un accès suffisant et équitable à une eau douce de qualité, sans continuer à compromettre les réserves déjà fragilisées. Une vérité qui coule de source…








