Abdellah Chankou
Depuis la défaite du Maroc en finale de la CAN, les réseaux sociaux sont devenus le théâtre d’une déferlante de haine entre Marocains et Sénégalais, où insultes, accusations et invectives se propagent à une vitesse alarmante. Ce qui pourrait n’être qu’un simple échange de frustrations sportives a rapidement pris une tournure malsaine, transformant des plateformes de discussion en champs de bataille virtuels. Au-delà des querelles de comptoir, cette violence verbale est dangereuse : elle sape les liens historiques, attise la méfiance et nourrit des divisions qui ne profitent à personne, sinon à ceux qui rêvent de voir le Maroc isolé et fragilisé sur le continent.
Mais quand des figures publiques — le chanteur Douzi ou certains influenceurs aux milliers de followers — se mettent à relayer des appels à la haine, à boycotter les Sénégalais et autres Africains subsahariens, et à prôner un « vivre entre Marocains » comme si le continent n’existait pas, le spectacle devient à la fois ridicule et inquiétant. Transformer l’intolérance en contenu viral ne fait pas du patriotisme, ça ne fait que nourrir le chaos et exposer l’ego des uns au détriment de l’intérêt du pays.
Il ne faut pas que la perte d’une coupe, qui reste avant tout un titre symbolique, fasse oublier ce que le Maroc a réellement accompli et acquis sur le continent. Grâce à la vision éclairée du Roi Mohammed VI, le pays s’est imposé comme un acteur incontournable en Afrique : des investissements massifs, des partenariats stratégiques solides, une diplomatie proactive et crédible. Tout cela représente un leadership tangible et un respect durable, rendu possible par un travail patient et persévérant, bien plus précieux qu’un trophée éphémère.
L’excès de fierté nationale, surtout lorsqu’il se teinte de nationalisme exacerbé ou d’intolérance, peut devenir dangereux. Il suffit d’un instant d’aveuglement collectif pour laisser échapper les fruits d’années d’efforts et de diplomatie. Les divisions artificielles, qu’elles opposent Marocains et Sud-Sahariens ou Marocains et Africains, ne servent jamais le pays. Elles ne profitent qu’aux ennemis du Maroc, connus et identifiés, qui espèrent tirer parti de toute discorde pour affaiblir sa position sur le continent.
Le véritable enjeu n’est pas une coupe perdue, mais la continuité de l’influence marocaine en Afrique, le maintien de relations solides, le respect et le leadership que le pays a su bâtir pierre par pierre. Garder la tête froide, rester uni et protéger ces acquis est un devoir national. Le football est un jeu, mais l’avenir stratégique du Maroc est une affaire sérieuse. Elle n’a pas de prix…








