Sadreddine Benhima et Hassan Benabdelali, deux demi-frères aux liens familiaux prestigieux, sont en détention provisoire à la prison de Oukacha pour un projet immobilier litigieux entouré de bien des zones d’ombres. Décryptage.
AHMED ZOUBAïR
L’affaire immobilière Casa Parc prend un nouveau tournant judiciaire. Sadreddine Benhima et Hassan Benabdelali, copropriétaires et dirigeants de la société Treize-Huit Sidi Maârouf, ont été placés en détention provisoire mercredi 28 janvier à la prison d’Oukacha, à Aïn Sebaâ, à la suite de poursuites pénales engagées par plusieurs réservataires et parties civiles. Dans l’entourage des deux hommes qui sont des demi-frères issus de familles influentes dont la mère n’est autre que Aicha Laghzaoui (Hassan Benabdelali est un cousin de Aziz Akhannouch et Sadreddine Benhima est le gendre de Saad Kettani), la stupeur est totale. Rien ne laissait présager qu’ils auraient un jour affaire à la justice, encore moins qu’ils se retrouveraient en prison pour un contentieux immobilier. Une histoire troublante à plus d’un titre.
La décision de leur mise sous mandat de dépôt a également surpris. Selon une source proche dossier, elle est intervenue alors que les mis en cause affichaient un certain optimisme, nourri par un arrangement potentiel consistant en la récupération de leur projet immobilier litigieux par deux banques de la place…Mais la justice en a décidé autrement, estimant sans doute que les accusés sont coupables d’actes à caractère délictueux et qu’ils ont eu assez de temps pour régulariser leur situation vis-à-vis des plaignants. Le contentieux, né d’un projet immobilier à problèmes, remonte à 2016, soit il ya dix ans. Mais rien n’a été réellement entrepris par les deux frères pour sortir de l’ornière et trouver un arrangement avec les réservataires et la banque créancière pour stopper l’enquête ouverte pour escroquerie et abus de confiance.
Des acheteurs affirment avoir versé des avances substantielles pour des appartements qui n’ont jamais été livrés dans le cadre du projet Casa Parc, situé à Sidi Maârouf, non loin de Casanearshore, à Casablanca. Le projet qui avait tout pour séduire, se présentait sous forme d’un complexe résidentiel en plusieurs lots dont la livraison était annoncée autour de 2016. Or, plusieurs années plus tard, le chantier demeure largement inachevé. Un retard que les promoteurs ont imputé à des problèmes administratifs qui leur ont fait perdre près de 20 mois sur le calendrier de livraison initial. Mais face aux retards répétés et au manque de visibilité, un collectifs de futurs copropriétaires s’estimant lésés se sont constitués en collectif et ont engagé des procédures judiciaires afin d’obtenir soit la livraison de leurs biens, soit le remboursement des sommes versées au titre d’acomptes. Sur le plan financier, Attijariwafa bank, principal financier du projet, a obtenu en février 2025 une décision du tribunal de commerce de Casablanca condamnant la société Treize-Huit au paiement de plus de 371 millions de DH au titre de prêts non remboursés. Dans la foulée, la banque a renforcé ses actions de recouvrement, notamment par le lancement d’une procédure de vente judiciaire d’un terrain d’environ 12 hectares, saisi dans le cadre de l’exécution des jugements.
Promesse non tenue
Au début pourtant, tout semblait parfait. Casablanca Parc devait être un grand projet résidentiel, accompagné d’une bonne campagne de communication, avec promesses clés en main et avenir radieux. Or, sur les huit lots annoncés, seuls trois ont vu le jour. Les cinq autres sont restés à l’état de concept ou de promesse non tenue. Aujourd’hui, le chantier a viré à l’imbroglio judiciaire sur fond de procédures pénales, civiles et commerciales.
S’agit-il d’un simple cas de mauvaise gestion ou d’un mécanisme bien plus structuré? « Tous les ingrédients du scandale immobilier sont réunis : commercialisation sur plan, appartements fantômes, clients bien réels et argent bien volatil. Et pourtant, pas de fraude officiellement reconnue », croit savoir l’avocat d’un plaignant. Un tour de passe-passe juridique digne d’un numéro de prestidigitation : faire disparaître les fonds sans livrer autre chose que des excuses? Une question s’impose désormais avec insistance : que sont devenus les quelque 100 millions de dirhams versés par les réservataires, ainsi que le prêt bancaire initial estimé à un peu plus de 300 millions de dirhams ?Sommes-nous face à un cas de mauvaise gestion ou d’un mécanisme bien huilé?








