Stock stratégique de carburants : La panique en réserve

Leila Benali, une ministre en panne d'idées…

Un communiqué censé rassurer, et voilà la panique qui s’empare des automobilistes  : entre stocks limités, intempéries et communication maladroite, la sécurité énergétique du Maroc vacille…

Le communiqué rendu public jeudi 5 février par le ministère de la Transition énergétique, censé rassurer sur la stabilité de l’approvisionnement en carburants, a produit l’effet inverse. Dans les heures qui ont suivi sa diffusion, un vent de panique s’est emparé des automobilistes, particulièrement dans les grandes agglomérations comme Casablanca, où de nombreuses stations-service ont été prises d’assaut.

Cette réaction s’inscrit dans un contexte déjà marqué par la circulation persistante de rumeurs faisant état d’un risque de pénurie de carburants. En cause : les intempéries exceptionnelles qui ont perturbé l’activité portuaire, notamment en raison de la forte houle, et ralenti le déchargement de plusieurs navires transportant des produits pétroliers. Plutôt que de dissiper ces inquiétudes, le communiqué ministériel semble les avoir, paradoxalement, confortées.

En affirmant que la situation est « maîtrisée » tout en détaillant les difficultés rencontrées dans certains ports, la dépendance aux cargaisons en attente de déchargement et le niveau précis des stocks disponibles, le ministère a involontairement confirmé l’existence de tensions réelles sur la chaîne d’approvisionnement. Cette communication calamiteuse a relancé une question sensible et récurrente : celle du stock stratégique national de carburants.

Dans les faits, ce stock ne couvrirait qu’environ quinze jours de consommation, bien loin des trois mois affichés sur le papier. Un écart préoccupant, qui révèle une vulnérabilité structurelle du dispositif national de sécurité énergétique, particulièrement en période de crise climatique ou logistique. Cette situation pose un problème sérieux de gouvernance et interpelle directement le ministère de tutelle, qui n’a, jusqu’à présent, pas mis en place les mécanismes nécessaires pour combler ce déficit.

L’absence d’une véritable structure nationale dédiée à la gestion et à l’anticipation des stocks stratégiques apparaît aujourd’hui comme une lacune majeure. À titre de comparaison, des pays comme la France se sont dotés depuis longtemps d’organismes spécialisés, à l’image du SAGESS, chargés de constituer, gérer et mobiliser les réserves stratégiques en hydrocarbures en cas de crise. Un tel dispositif permet non seulement de sécuriser l’approvisionnement, mais aussi de rassurer les marchés et les consommateurs par une communication claire et crédible.

Cette affaire met aussi en lumière les limites du pilotage ministériel et la panne d’idées et d’initiatives de la ministre de tutelle, Leila Benali. Or, un département aussi stratégique que celui de l’Énergie ne se pilote ni par des communiqués expéditifs, rédigés à la va-vite, ni par l’absence d’une prise de parole officielle capable d’expliquer, d’assumer et de rassurer. Mme Benali, qui donne l’impression de réagir maladroitement à la crise au lieu de l’anticiper,  doit livrer des réponses claires sur les mécanismes de fond : stocks stratégiques, anticipation des crises, architecture institutionnelle de la sécurité énergétique.

À l’heure où les aléas climatiques se multiplient et où la sécurité énergétique devient un enjeu stratégique majeur, la question du stock stratégique ne peut plus être éludée. Elle appelle des décisions structurelles, à la hauteur des risques potentiels : éviter que la moindre perturbation conjoncturelle ne mette en jeu la sécurité énergétique, la mobilité des citoyens et le fonctionnement de la chaîne nationale du transport et de la logistique.

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