Pharmacies d’officine : Modernisation ou marchandisation ?

le pharmacien doit rester le garant des actes et du conseil.

La réunion du 17 février entre le CNOP et le Conseil de la concurrence pourrait transformer le modèle officinal national. Ouverture du capital, chaînage, horaires: la profession est sur le qui- vive, écartelée entre la nécessaire modernisation et la préservation de l’indépendance sanitaire.

Laila  Lamrani

Le Conseil de la concurrence plaide pour une réforme du secteur : attirer des investisseurs, moderniser les officines et renforcer l’efficience du réseau face aux défis du remboursement et de l’approvisionnement. Mais la CSPM tire la sonnette d’alarme : ouvrir le capital risquerait de transformer l’officine en simple entreprise commerciale, diluant la responsabilité du pharmacien et fragilisant l’accès aux soins surtout dans les zones rurales et périphériques.

Deux visions, un enjeu

Le Maroc compte environ 14.000 officines, dont 4.000 sont économiquement vulnérables. Pour certains, cette fragilité justifie l’ouverture à de nouveaux financements. Pour d’autres, elle souligne l’urgence de dispositifs de soutien ciblés: prêts aidés, coopératives d’installation, lutte contre la vente hors circuit. À l’international, l’expérience est contrastée : en Espagne et en Allemagne, l’investissement privé a permis modernisation et innovation, mais seulement sous un encadrement strict garantissant que le pharmacien reste responsable des décisions médicales.

Risques sanitaires 

Le cœur de la controverse reste sanitaire: le pharmacien doit rester le garant des actes et du conseil. Les syndicats craignent pour leur part qu’une logique de rentabilité mette en péril la sécurité des patients et la qualité du service. L’emploi des jeunes pharmaciens est un autre enjeu clé : l’ouverture du capital pourrait créer de nouveaux emplois salariés, mais les syndicats préconisent de renforcer l’accès à l’installation pour préserver l’indépendance professionnelle.

Vers un compromis ?

Plusieurs pistes émergent : Détention majoritaire réservée aux pharmaciens en exercice, chaînage encadré pour protéger le maillage territorial, contrôles renforcés sur la distribution et la vente hors circuit et mesures de soutien pour les officines fragiles. 

La réunion du 17 février pourrait clarifier ces options, mais la réforme nécessitera un dialogue structuré et des garde-fous solides pour allier modernisation et sécurité sanitaire. En résumé, la pharmacie nationale se trouve au milieu du gué. Entre attractivité des investissements et préservation d’un service de santé de proximité, le choix n’est pas seulement économique, c’est un choix de société.

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