Agression israélo-américaine contre l’Iran : Le Moyen-Orient livré aux pyromanes

Alors que Donald Trump affirme que la guerre qu’il a déclenchée contre l’Iran est quasiment terminée et que l’affaiblissement du régime des mollahs a été acquise, la réalité militaire raconte une autre histoire. Sur le terrain, les hostilités se poursuivent entre le régime iranien et Israël , transformant son annonce triomphaliste en aveu implicite d’une défaite…

Jamil Manar

Près de deux semaines après le déclenchement des hostilités israélo-américaines contre l’Iran, une question commence à circuler dans les chancelleries comme dans les salles de rédaction : Donald Trump et Benjamin Netanyahu ont-ils déjà perdu leur pari stratégique face à l’Iran ? La guerre entre dans sa deuxième semaine et le scénario initial, vendu comme une opération rapide et décisive, ressemble de plus en plus à un pari hasardeux et mal calculé.

Au départ, l’idée paraissait simple. Une campagne de frappes massives, une démonstration écrasante de supériorité militaire et, en quelques jours, le régime des mollahs qui tombe , à la faveur de la destruction de son appareil, l’éclatement d’une insurrection de la population. Mais les jours passent et le régime iranien tient toujours. Non seulement il tient, mais il semble même avoir resserré les rangs. Après l’assassinat du guide suprême Ali Khamenei, les autorités iraniennes ont rapidement désigné son successeur — son propre fils Mojtaba Khamenei — consolidant ainsi la continuité du pouvoir au lieu de l’effondrement attendu. Dans les calculs initiaux de Washington et de Tel-Aviv, ce scénario ne figurait probablement pas dans la colonne « résultats probables». L’autre surprise est venue du champ militaire lui-même. Loin de se limiter à une posture défensive, l’Iran a démontré sa capacité de riposte en frappant, à l’aide de missiles balistiques sophistiqués, des cibles au cœur d’Israël et dans plusieurs zones stratégiques du Golfe persique. Cette capacité de réaction a transformé ce qui devait être une démonstration de puissance unilatérale en un affrontement beaucoup plus incertain.

Les systèmes de défense antimissiles interceptent une partie des projectiles, mais l’effet psychologique et stratégique de ces attaques reste considérable : l’Iran montre qu’il peut frapper, et surtout qu’il peut continuer à frapper. Autrement dit, la guerre éclair commence à ressembler à une guerre d’usure, préjudiciable aux intérêts américains et qui fragilise le locataire de la Maison Blanche tout en plongeant l’économie mondiale dans la tourmente à cause du blocage du détroit d’Ormuz. 

C’est dans ce contexte que Donald Trump a tenté d’imposer son propre récit. Lors d’une conférence animée lundi 9 mars en Floride, le président américain Donald Trump a annoncé de manière unilatérale que la guerre était « presque terminée», affirmant que le conflit était « très en avance » sur le calendrier de quatre à cinq semaines qu’il avait lui-même évoqué auparavant. Selon lui, l’Iran n’aurait désormais plus de « marine », ni de « communications», ni de « force aérienne » et qu’il ne lui reste qu’à capituler…Mais l’Iran n’est pas le Venezuela… Mais cette déclaration triomphante contraste fortement avec la réalité du terrain : les frappes se poursuivent au Moyen-Orient et la confrontation reste ouverte. Signe supplémentaire des divergences au sein même du camp israélo-américain , Benjamin Netanyahu n’a d’ailleurs pas tardé à prendre ses distances avec l’optimisme affiché par Washington. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a affirmé qu’il n’en avait « pas fini avec le pouvoir iranien », laissant entendre que la confrontation avec Téhéran était loin d’être terminée…

Une autre partition

En vérité, le propos faussement victorieux de Trump, qui relève d’un exercice de communication et de consommation interne, sonne surtout comme un aveu d’impuissance face à une guerre qui s’est retournée contre Washington. Car derrière la rhétorique martiale, la réalité stratégique apparaît bien différente. La résistance du régime iranien et l’ampleur de sa riposte ont profondément bouleversé les calculs initiaux de la Maison-Blanche. Loin d’un conflit éclair, les hostilités se sont transformées en crise régionale aux répercussions mondiales, exposant les limites de la stratégie américaine. À l’exception notable des industriels de l’armement – américains en tête – la guerre fait rarement des vainqueurs. Celle lancée par Washington et Tel-Aviv contre l’Iran ne déroge pas à la règle.

Déclenchée sans impératif stratégique clair ni objectif politique défini, elle a rapidement dégénéré en choc énergétique mondial. La paralysie quasi totale du détroit d’Ormuz a fait ressurgir le spectre des grands chocs pétroliers du siècle passé. La flambée des prix de l’énergie — le baril ayant dépassé les 115 dollars avant de descendre à 95 après les annonces rassurantes de Trump — provoquée par les représailles iraniennes commence à menacer sérieusement l’économie mondiale et à fragiliser un président déjà très impopulaire à huit mois des élections de mi-mandat. Inflation, marchés financiers secoués, chaînes d’approvisionnement perturbées : les secousses dépassent largement le Moyen-Orient. Dans une région qui concentre une part essentielle de la production mondiale d’énergie, chaque missile tiré fait grimper la nervosité des marchés. Au cœur de cette tempête géopolitique, Donald Trump se retrouve désormais confronté à un paradoxe cruel : la guerre qu’il pensait rapide et décisive s’est transformée en piège stratégique. Et ses déclarations triomphalistes ressemblent de plus en plus à une tentative de masquer une réalité embarrassante: une confrontation qui, face à la résilience de l’Iran, prend des allures de revers politique et stratégique. Les stratèges de la Maison-Blanche ont imaginé sans doute une autre issue. Ils en ont été réduits à devoir gérer un choc énergétique qui risque de frapper directement l’économie mondiale — et, accessoirement, les électeurs américains. La stratégie de Donald Trump repose souvent sur une logique simple : frapper fort, frapper vite, et imposer un rapport de force qui oblige l’adversaire à céder. La méthode a fonctionné avec les plus faibles. 

Dans la réalité complexe du Moyen-Orient, elle s’est heurté à un adversaire coriace qui n’a pas peur de tenir tête à la première puissance mondiale et de frapper son protégé israélien. Le problème d’une guerre courte, c’est qu’elle ne fonctionne que si l’adversaire accepte le scénario. Or l’Iran semble avoir décidé de jouer une autre partition.Le régime que l’on annonçait au bord de l’effondrement continue de fonctionner. Les missiles iraniens continuent de tomber. Les prix de l’énergie continuent de grimper.

Et la grande question reste entière : quel est exactement l’objectif final de cette guerre ? Faire tomber le régime? L’obliger à négocier ? Détruire son programme militaire? Pour l’instant, il ne s’agit plus vraiment d’une stratégie, mais d’une improvisation sous les bombes : chaque frappe sert surtout à réinventer l’objectif d’une guerre qui n’en avait peut-être pas. Finalement, ce n’est pas Donald Trump qui décide de la fin de la guerre : allumer un brasier est facile, l’éteindre l’est beaucoup moins…


Au premier jour de la guerre, le 28 février, les autorités iraniennes avaient dénoncé le bombardement d’une école de filles dans la ville de Minab, imputant l’attaque aux forces israéliennes et américaines. Le bilan humain reste, à ce jour, le plus lourd du conflit : au moins 165 morts, selon Téhéran, parmi lesquels des dizaines d’élèves, pour la plupart de très jeunes filles. Quelques heures après la frappe, le président iranien Massoud Pezeshkian avait directement mis en cause les armées israélienne et américaine. Mais ni États-Unis ni Israël n’ont reconnu une quelconque responsabilité. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio s’était contenté d’indiquer que le Pentagone menait une enquête interne. Dans le même temps, sur les réseaux sociaux, plusieurs comptes à la fiabilité douteuse ont avancé une autre thèse : celle d’un missile iranien défaillant qui serait retombé sur l’établissement scolaire — une hypothèse relayée et examinée avec prudence par CheckNews. Mais un nouveau développement vient bouleverser ce récit. Selon des éléments préliminaires d’une enquête militaire interne américaine, révélés le 11 mars par The New York Times, le bombardement serait en réalité dû à une erreur grave dans les coordonnées de la cible transmises par l’armée américaine. D’après le quotidien américain, citant des responsables et des sources proches de l’enquête, le missile tiré était un Tomahawk, lancé par les forces américaines. Dans les heures qui ont suivi le drame, le président Donald Trump avait d’abord nié toute implication de Washington, renvoyant la responsabilité sur l’Iran. Avant de nuancer sa position, déclarant finalement qu’il « s’accommoderait » des conclusions de l’enquête. Reste une réalité tragique difficilement contestable : une école de filles a été pulvérisée, et derrière les démentis, les versions contradictoires et les batailles de communication, ce sont des dizaines d’enfants qui ont payé le prix d’une guerre qui, une fois encore, prétend viser autre chose que des civils.

Les plus lus
[posts_populaires]
Traduire / Translate