Laila Lamrani
Le blocage du détroit d’Ormuz en raison de la guerre israélo-américaine contre l’Iran fait flamber le pétrole et met le Maroc sur la voie d’une inflation qui risque de carburer. Entre essence et gasoil, le royaume, dépendant à plus de 95 % des hydrocarbures importés, voit ses prix grimper à fond la caisse. Les stocks stratégiques couvrent une trentaine de jours, un petit tampon de sécurité face à un choc qui pourrait durer. Une hausse des prix à la pompe est attendue dès le 15 mars, tandis que le gouvernement annonce un soutien aux professionnels du transport. Mais l’efficacité de ces subventions reste problématique et il va sans dire que le consommateur final risque comme toujours de trinquer, victime de hausses en cascade qui menacent un pouvoir d’achat déjà malmené.
En cause, la hausse des coûts logistiques qui se profile à l’horizon ainsi que celle du fret maritime et aérien et du transport en commun. Pour atténuer les effets de cette crise multiforme, le gouvernement pourrait rebrancher le vieux moteur de l’aide directe aux transporteurs. Ce mécanisme, déjà lancé en mars 2022 pour amortir le choc de la guerre russo-ukrainienne, avait coûté près de 7 milliards de dirhams aux finances publiques. Mais cette pompe à aides ne fait pas l’unanimité. La Fédération de transport et de la logistique ( FTL) dit préférer un système indexé sur les prix à la pompe, plutôt que de recevoir un montant forfaitaire. Argument avancé : plus de 90 % des entreprises possèdent moins de deux camions, et l’aide dépend du tonnage, pas du carburant réellement consommé . Parfois, 6.000 dirhams suffisent à encourager certains à laisser leurs camions au garage plutôt que de les faire rouler.
La paralysie du détroit d’Ormuz rappelle que le Maroc roule encore à l’énergie fossile et que la route est longue avant d’atteindre l’indépendance énergétique. Mais avec des solutions durables et des décisions stratégiques, le royaume peut espérer ne plus se faire vider le réservoir par les turbulences internationales, même si pour l’instant, ce sont les consommateurs qui font le plein… de factures.
Le Maroc est un leader africain de la transition énergétique, visant plus de 52 % de puissance électrique installée à partir de sources renouvelables d’ici 2030, et 80 % d’ici 2050. Avec plus de 45 % de la puissance installée en 2024/2025 (solaire, éolien, hydroélectricité), le pays mise sur de grands projets comme Noor Ouarzazate et le développement de l’hydrogène vert. Mais des efforts restent à déployer dans le domaine de la mobilité électrique, le renforcement des réserves stratégiques et la diversification des sources d’approvisionnement. C’est à ce prix que l’on peut éviter les coups de pompe préjudiciables à l’économie et au pouvoir d’achat..








