Métaux précieux : Au Maroc, l’or A la tête dure 

Les professionnels invoquent un marché à part, avec ses propres règles… et surtout son propre tempo, digne d’une sieste digestive. 

Laila Lamrani

Pourquoi, au Maroc, le prix de l’or semble-t-il vivre dans une autre galaxie que les marchés internationaux? Pendant que les cours mondiaux font du grand huit (sans ceinture), le pauvre consommateur marocain, lui, a l’impression d’être resté coincé… tout en haut du manège.

À Casablanca comme à Rabat, un même bijou peut afficher des étiquettes aussi variées que les humeurs d’un chameau. Rien à voir avec la créativité artisanale : c’est plutôt un flou tarifaire bien entretenu, presque artistique. Et surtout, une complainte revient comme un hit de l’été : quand l’or dégringole à l’international, chez nous, il descend avec la grâce d’un ascenseur en panne. Pourtant, les chiffres, eux, ne plaisantent pas. Ce mardi 7 avril 2026, l’once d’or tourne autour de 4 672 dollars selon la LBMA. Toujours élevé, certes, mais en chute libre par rapport à son pic de janvier (plus de 5 200 dollars). À l’époque, au Maroc, le gramme de 24 carats faisait le malin à 1 527 dirhams. Logiquement, une baisse de plus de 500 dollars aurait dû alléger nos étiquettes. Mais dans les faits, c’est une autre paire de manches : le prix local a adopté la stratégie du « ce qui monte reste, ce qui baisse… réfléchit».

Les professionnels, eux,c invoquent un marché à part, avec ses propres règles… et surtout son propre tempo, digne d’une sieste digestive. Actuellement, le gramme d’or 18 carats oscille entre 1 090 et 1 100 dirhams, tandis que le 24 carats frôle les 1 250 dirhams. Autrement dit, la détente internationale n’a toujours pas reçu son visa pour les vitrines marocaines.

Pourquoi ce décalage digne d’un décalage horaire ? D’abord parce qu’un bijou, ce n’est pas que du métal : il y a la main-d’œuvre (artisanale, donc sacrée), les marges des bijoutiers (tout à fait sacrées aussi), les frais d’importation, la distribution… et surtout le taux de change dollar/dirham. Comme l’or est coté en dollars, même si le cours baisse, un dollar un peu trop sûr de lui peut annuler la baisse. Magie de la finance.

Ajoutez à cela un facteur plus discret mais décisif : l’inertie du stock. Les bijoutiers vendent souvent des pièces achetées à une époque où l’or valait plus cher que la fierté d’un notable. Difficile, dans ces conditions, de casser les prix sans se couper une marge. Moralité : le marché local avance comme un paquebot en goguette, pas comme un jet-ski. Il lui faut du temps pour virer de bord.

Conséquence directe : 2026 s’annonce aussi excitante qu’un fromage blanc. Les clients, refroidis par des prix élevés, adoptent une nouvelle stratégie : vendre au lieu d’acheter. L’or, valeur refuge par excellence, devient alors… une tirelire qu’on casse en cas de coup dur.

En toile de fond, l’instabilité mondiale joue les trouble-fêtes. Géopolitique, dollar nerveux, incertitudes économiques : l’or est plus volatil qu’un influenceur en reconversion. Normalement, un dollar fort plombe le métal jaune, mais dans un monde absurde, les deux peuvent monter ensemble. Preuve que même les lois économiques aiment parfois prendre des vacances.

Pour le consommateur, une certitude : le prix de l’or n’est jamais totalement prévisible. Entre les marchés internationaux qui font leur cinéma et les réalités locales qui traînent la savate, le tarif d’un bijou devient un savant mélange de maths, de psychologie… et de coup de chance.

Au final, si l’or est universel, son prix, lui, reste profondément local. Et au Maroc, il semble obéir à une loi non écrite mais bien réelle : L’or baisse peut-être ailleurs, mais ici, il prend le temps de la réflexion. Et souvent, il la prolonge.

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