Deux naufragés à la recherche d’une bouée…

Après 35 ans de statu quo, la Minurso voit son mandat s’achever, emportant avec lui une bonne partie des illusions de l’Algésario. Dans cet échange à peine fictif intervenu au cours de la fameuse soirée du 30 octobre, entre deux alliés sonnés, le président algérien Abdemadjid Tebboune et le chef du Polisario Brahim Ghali, qui peinent à enterrer leurs chimères diplomatiques.

Abdelmadjid Tebboune : Alors, camarade, des nouvelles de New York? Ou devrais-je dire : des nouvelles de notre petit paradis onusien ?

Brahim Ghali : Catastrophiques, Monsieur le Président ! Le mandat de la MINURSO a expiré sans être renouvelé ! C’est la Berezina !

A.T : Comment ça, expiré ? Mais on avait encore besoin d’elle ! Et les Russes ? Ils n’ont pas mis leur veto ?

B.G : Si ! Ils ont bloqué le texte américain. Mais ils n’ont pas réussi à sauver notre mandat non plus. C’est le coup du parapluie : on te le prête, mais il a un trou. Résultat : sauve qui peut !

A.T : Autrement dit, ils ont bloqué les Américains sans nous débloquer ! Génial. On est comme un plongeur à qui on a coupé l’oxygène en lui disant de ne pas s’inquiéter. Et maintenant, on fait quoi ? On lance un appel à tous les pays qui partagent notre anachronisme diplomatique ?

B.G : Mais malheureusement, les pays dont vous parlez ne courent plus les couloirs de l’ONU par les temps qui courent…

A.T : On pourrait dans ce cas demander une prolongation…

B.G : du mandat de la Minurso ? 

A.T : Non, de notre stratégie d’obstruction. On est bons à ce jeu-là, non ? On a passé des années à défendre le statu quo. C’est notre chef-d’œuvre diplomatique ! Il ne va tout de même pas nous abandonner comme ça, ce brave statu quo ?

B.G : Il nous a déjà lâchés hélas, chef bienfaiteur. Même le statu quo ne veut plus de nous ! Il a demandé le divorce. On est tombés très bas.

A.T : Mais on peut toujours creuser…Et à Rabat, comment ont-ils réagi ? Ils ont sorti les cotillons ?

B.G : Ils ont sabré le champagne ! Le Maroc se réjouit de cette nouvelle donne et annonce clairement, via un communiqué sobre mais ferme, que la présence de la MINURSO au Sahara n’a plus de raison d’être. Ils disent que c’est un caprice onusien qui a assez duré.

A.T : Quoi ? Ils veulent aussi nous enlever notre MINURSO chérie ? C’est notre doudou diplomatique ! D’abord, ils contestent notre référendum, ensuite ils défendent scandaleusement le plan d’autonomie, et maintenant ils veulent enterrer la MINURSO et notre très cher espoir chimérique ! C’est un crime contre 35 ans d’investissements dans l’immobilisme et la mauvaise foi. 

B.G : Pour moi, polisarien en chef sous tutelle et sous perfusion, c’est un crime contre mon droit historique à l’illusion éternelle. Monsieur le Président, j’ai une hypothèse… Et elle est aussi tordue que la situation actuelle.

A.T : Je t’écoute.

B.G : Et si le veto russe était juste une combine ! Une sorte d’arrangement entre le Maroc, la Russie et les États-Unis pour nous priver définitivement de notre fonds de commerce.

A.T : Une combine entre Moscou, Washington et Rabat ? Impossible ! Enfin… improbable… Enfin, je ne sais plus. Mais pourquoi les Russes ont-ils bloqué le texte américain sans réussir à sauver le mandat de la MINURSO ? C’est le mystère de la matriochka : tu ouvres, tu trouves une autre poupée, et au bout, il n’y a rien.

B.G : Tout porte à croire que nous sommes les dindons de cette nouvelle farce onusienne…

A.T : Bon. Il faut trouver une bonne manœuvre dilatoire ! C’est notre spécialité, que diable !

B.G : J’en ai une : nous allons demander une réunion pour préparer une autre réunion afin d’étudier les conditions d’une éventuelle reprise des réunions.

A.T : Excellent ! Et le résultat ?

B.G : Une nouvelle réunion pour examiner les résultats de la précédente. Et si tout va bien, on en programme une troisième pour décider de la date de la quatrième et ainsi de suite…

A.T: Voilà qui me rassure. Au moins, sur ce terrain, nous sommes encore en avance ! On pourrait breveter la chose.

B.G : Mais, Monsieur le Président, il y a un dernier problème… Et il est de taille.

A.T : Lequel ?

B.G : Si la MINURSO ne revient pas, qui va nous rappeler que notre pseudo-conflit existe toujours ? On risque de devenir un fantôme diplomatique. Même les journalistes vont finir par nous oublier.

A.T : Ne t’inquiète pas, camarade. Nous avons toujours la farce de frappe des communiqués ! On en sortira un par jour, avec des majuscules et des points d’exclamation. C’est notre arme redoutable.

B.G : Et pour le référendum, Monsieur le Président, que fait-on maintenant ? On le réclame à qui ?

A.T : On continue à le réclamer ! Plus fort que jamais !

B.G : Mais à qui ? La MINURSO n’a plus de mandat !

A.T : Alors, on réclame le renouvellement de son mandat !

B.G : Et si personne ne veut le renouveler ? On fait une grève de la faim devant le siège de l’ONU ?

A.T : On réclame une mission pour réclamer le renouvellement du mandat de la mission !

B.G : Et après ? On demande une mission pour la mission de la mission ?

A.T : Nous dénoncerons le fait que la mission soit partie sans nous demander notre avis !

B.G : Monsieur le Président, avec tout le respect que je vous dois, nous risquons de nous retrouver seuls dans cette nouvelle galère. Et sans rame.

A.T : Pas seuls, pantin ! Nous serons deux : toi et moi. C’est déjà ça. On forme depuis longtemps un duo. Un duo de choc qui est déjà entré dans l’histoire par la petite, pardon, la grande porte.

B.G : Et notre référendum mort-né ?

A.T : Lui aussi sera avec nous. C’est notre plus fidèle allié… et le seul qui nous reste. 

On le garde précieusement car il finira bientôt au dépotoir des vieilles utopies chèrement sponsorisées !

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