Khouribga, une ville française… (35)

Nous célébrons le centenaire de Khouribga et de l’OCP, l’Office Chérifien des Phosphates voulu par Lyautey. ‘‘Jnaynar Lotti’’, comme le nomment les indigènes des Ouled Abdoun, en signant le décret du 27 janvier 1920, est conscient du caractère exceptionnel de l’Office, prononcé ‘‘Loufisse’’ par les autochtones, et décide d’en confier l’exploration et l’exploitation au seul ‘‘Magasin’’ (ma5zen) afin d’éviter la rapacité du secteur privé. La découverte fortuite des phosphates chez les Ouled Abdoun, faite en 1917, à l’occasion des travaux de la ligne de chemin de fer Casablanca/Oued-Zem, va booster l’économie du Maroc.

Si le Maroc a naturellement été en retard sur la France pour les chemins de fer, il n’en va pas de même pour l’aviation, dont Lyautey a vite compris le potentiel : il va obtenir en 1916 l’envoi de deux escadrilles pour parer au déficit de troupes au sol. Elles servaient en particulier dans les régions de Taza et du Tafilalet. En 1918, l’industriel Latécoère décidera de développer les liaisons aériennes avec le Maroc ; Latécoère va créer à cet effet la CEMA (Compagnie Espagne-Maroc-Algérie) puis signera un contrat pour le transport du courrier contre une subvention annuelle octroyée par Lyautey. Le 9 mars 1919, Latécoère, à bord de son avion, va relier Toulouse à Casablanca. À son arrivée, il remet à Lyautey le journal de la veille et un bouquet de violettes, symbole de la ville de Toulouse, fraîchement cueilli. Le 1er septembre 1919 a lieu le vol inaugural de la ligne postale avec aux commandes Didier Daurat, qui sera par la suite le patron de la ligne du Maroc. En juin 1921, le roi Albert Premier de Belgique en visite à Rabat exprimera le souhait de revenir en France en avion. Lyautey organisera le voyage retour du roi des Belges, mais tout le monde tremblait, y compris le pilote, car les avions n’étaient pas encore aussi sûrs qu’aujourd’hui.

Entre 1919 et 1921, il y aura de nombreux accidents mortels, au point que Lyautey a dû interdire aux membres de son cabinet de prendre l’avion. Au cours de l’été 1922, Latécoère sollicitera l’aide de Lyautey pour définir les escales de la future ligne vers Dakar. Lyautey confie les reconnaissances nécessaires au capitaine Roig, le chef d’escale de Latécoère au Maroc, et à un autre officier indigène (goumier) qui servira de traducteur/interprète. En mai 1923, c’est l’inauguration du premier vol vers Dakar. En 1924, Latécoère a transporté deux mille passagers et des millions de lettres sur la ligne du Maroc. Cependant, durant toutes les années 1920, les escales du sud, à Tarfaya et à Dakhla posaient des problèmes majeurs d’insécurité et de prises d’otages. De nombreux équipages furent capturés, blessés, voire tués (lire ou relire la saga des pionniers de l’aviation : Mermoz et Saint-Exupéry).

Les Espagnols qui occupaient le sud du Maroc étaient incapables de pacifier cette région, mais, en même temps, ils interdisaient à Lyautey d’y intervenir. Sans doute, cette fierté mal placée de l’Espagnol. Comme écrira plus tard Pierre Desproges : « Les Espagnols sont un peuple fier et ombrageux, avec un tout petit cul pour éviter les coups de corne. (…) A l’instar de la vache, l’Espagnol va au taureau dès les premiers beaux jours. C’est la corrida ». En 1941, une base aéronautique sera créée à Khouribga, à 7yane, loin des installations liées à l’exploitation des mines de phosphate, dans un lieu particulièrement déshérité, à l’écart de toute circulation aérienne, pour former des stagiaires. Les conditions de vie des stagiaires et des moniteurs étaient spartiates, tant par les logements précaires que par le climat.  Pour leur formation, les stagiaires utilisaient un matériel disparate. La base fermera en 1961. Dans les années 1970, la belle piste déserte servait aux gamins du voisinage pour faire des courses de ‘‘roulma’’ : une planche montée sur 2 bâtons avec chacun deux ‘‘roulma’’ (roulements à billes) en guise de roues, récupérés ou achetés chez un « micaniciane ». L’axe avant pouvait pivoter vers la gauche ou la droite pour changer de direction. (A suivre)

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