Urbanisme: La ville verte vire au gris béton 

Les habitants se mobilisent pour empêcher l’extension des dérives…

Pensée comme une oasis résidentielle aux portes de Casablanca, la Ville Verte de Bouskoura promettait calme, nature et qualité de vie. Une quinzaine d’années années plus tard, le décor a changé. Dans le mauvais sens. Explications.

Saliha Toumi

Il fut un temps , pas si lointain, où la “Ville Verte” de Bouskoura se vendait comme un poème immobilier. Une parenthèse bucolique aux portes de Casablanca, entre pins centenaires et chants d’oiseaux, promesse d’un quotidien apaisé loin des klaxons et des embouteillages. Une promesse calibrée pour réconcilier confort moderne et nature qui a séduit une classe aisée et moyenne supérieure en quête de calme, loin du tumulte urbain et ses tracas.

Un slogan presque trop beau pour être vrai. Et pour cause.

Car aujourd’hui, la verdure et le calme promis semblent avoir pris la tangente, doucement mais sûrement, au profit d’une autre espèce invasive : le béton commercial, motorisé et climatisé.

Autour des résidences fermées, où l’on pensait respirer à plein poumons, s’installent désormais des concessionnaires automobiles à la chaîne. La maison Fiat a ouvert le bal, suivi de près par la maison Hyundai et toute une procession de marques dont le Chinois BYD visiblement convaincues que la chlorophylle se marie très bien avec les carrosseries rutilantes.

Résultat : là où l’on vendait du calme, on expose désormais des SUV. Là où l’on promettait des promenades forestières, on aligne des showrooms. 

Or, un concessionnaire, ce n’est pas qu’un joli showroom vitré. C’est des semi-remorques de livraison,un flux constant de clients, des dizaines d’employés aux heures de pointe et une pression supplémentaire sur une circulation déjà saturée.

En Europe, ce type d’activité est relégué dans des zones industrielles ou commerciales. Par souci de cohérence, de sécurité, et tout simplement de bon sens. À Bouskoura, on semble avoir opté pour une autre logique : celle du “pourquoi pas ici ?”

À proximité d’écoles, le cocktail devient même explosif. Déjà que les entrées et sorties scolaires transforment les rues en parcours du combattant, l’ajout de ce trafic relève presque de la pagaille urbaine.

La forêt de Bouskoura, laissé depuis longtemps à l’abandon, n’est plus seule à faire de l’ombre: les enseignes lumineuses s’en chargent très bien.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Désormais, les vendeurs de bagnoles cohabitent avec les centres commerciaux et les malls, surgissant comme des champignons après une pluie… de permis de construire. Une prolifération qui donne à la zone des airs de patchwork urbain, où villas haut de gamme côtoient parkings saturés et flux de circulation anarchiques.

Le plus ironique, c’est que la Ville Verte est une ville récente. Une page blanche. Une occasion rare de concevoir un espace urbain équilibré, fluide, pensé pour les habitants. Une opportunité de faire mieux que les erreurs des grandes villes historiques.

Mais au lieu de cela, on assiste à un développement en patchwork. Les projets s’empilent sans réelle coordination, comme si chaque décision était prise indépendamment de la précédente. Résidences d’un côté, concessions de l’autre, centres commerciaux en renfort…


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