Dans le poulailler économique national, le Conseil de la concurrence vient de jeter un sacré pavé… ou plutôt un gros grain de maïs. Ses équipes ont récemment mené des descentes inopinées, version « surprise du chef », dans les sièges et entrepôts de cinq opérateurs du secteur avicole. Ces interventions, menées avec le soutien de la Brigade nationale de la police judiciaire, ont été autorisées par une ordonnance du procureur du Roi, permettant l’accès forcé aux locaux et la saisie de documents. Soupçons d’entente illicite ? Pratiques qui picorent la concurrence ? Le Conseil compte tirer les choses au clair en vérifiant des rumeurs insistantes mettant en cause certains gros pontes de la filière qui ne se contentent pas seulement de la vente des grains : ils couvent toute la chaîne, du grain à la barquette. Fabrication de l’aliment, accouvage, élevage, abattage, distribution et même négoce… tout est intégré, tout est verrouillé. Des éleveurs ont tiré la sonnette d’alarme, dénonçant des pratiques « restrictives », des marges « étouffantes » et un modèle d’intégration verticale où ils se retrouvaient, selon leurs mots, « prisonniers de contrats à sens unique ».

L’opération du Conseil de la concurrence s’inscrit dans le cadre d’une autosaisine qu’elle a ouverte, alors que les prix du poulet ont flambé ces derniers mois. L’enquête cible spécifiquement les marchés des aliments composés et des poussins, deux intrants qui représentent à eux seuls près de 75 % du coût de production du poulet de chair.
Les premières alertes remontent à un précédent avis du Conseil, qui pointait un marché des aliments composés pour volaille à la fois concentré et dysfonctionnel. Selon les données de la Fédération interprofessionnelle de la filière avicole, on y recense 46 unités de production. Mais derrière cette apparente diversité, les huit plus grandes entreprises détiennent à elles seules 73 % du marché et deux principaux acteurs, dont Alf Sahel qui s’est lancé également dans l’abattage et la transformation de volaille, contrôlent près de la moitié de l’activité. Cette concentration soulève de sérieuses interrogations : a-t-elle favorisé des ententes illicites ou des pratiques restrictives de concurrence ? C’est tout l’enjeu de l’enquête en cours, à fort impact sur un secteur clé pour la sécurité alimentaire nationale. Car dans un pays où le poulet reste la protéine animale la plus consommée, toute distorsion dans les circuits d’approvisionnement se répercute directement sur le pouvoir d’achat des ménages. Si entente il y a, alors cette envolée des prix n’a rien d’un coup d’aile du marché… mais tout d’un sale coup de bec entre gros pontes de la filière.








