Abdellah Chankou
La présence de bases militaires américaines dans les monarchies du Golfe Persique repose, en principe, sur un pacte implicite : Washington installe ses infrastructures stratégiques et, en échange, garantit la sécurité de ses alliés régionaux. Autrement dit, ces bases sont censées constituer un bouclier pour les États du Golfe face aux menaces régionales, notamment celles venant de l’Iran.
Dans ce dispositif, des installations comme la gigantesque Al Udeid Air Base au Qatar, les infrastructures navales de la United States Navy à Bahreïn ou encore les bases américaines au Koweït et aux Émirats arabes unis sont supposées incarner ce fameux « parapluie sécuritaire » américain.
Mais la guerre actuelle opposant les États-Unis et Israël à l’Iran fait surgir une contradiction qui frôle l’absurde. Alors que des missiles iraniens visent certaines installations militaires dans la région, ce sont souvent les systèmes de défense et les armées des pays du Golfe eux-mêmes qui se mobilisent pour protéger leur espace aérien… et, par la même occasion, les bases américaines qui s’y trouvent.
Pendant ce temps, Washington concentre l’essentiel de son effort militaire sur la protection de son allié israélien, laissant planer un malaise discret dans les capitales du Golfe. Les bases sont américaines, les risques sont locaux… et la priorité stratégique semble se situer ailleurs.
Le paradoxe devient alors presque ironique. Les pays du Golfe hébergent des bases censées les protéger, mais lorsque la guerre a éclaté, ils se sont retrouvés à défendre eux-mêmes ces installations. Comme si le propriétaire d’une maison installait une alarme dernier cri… puis demandait au locataire de rester éveillé toute la nuit pour surveiller les caméras!
A y regarder de plus près, le bilan de la présence militaire US dans le Golfe semble surtout avantageux pour les États-Unis puisque ces bases leur ont permis de consolider leur influence stratégique dans la région, d’assurer un accès privilégié aux immenses ressources énergétiques des monarchies pétrolières et d’ancrer ces États dans l’orbite de leur politique étrangère.
Au fil des décennies, la protection promise s’est ainsi accompagnée d’un alignement politique, militaire et économique de nombreux pays du Golfe sur les intérêts américains.
D’où cette question, posée aujourd’hui avec une pointe d’humour un peu amer dans les salons diplomatiques du Golfe : les bases US servent-elles à protéger les pays qui les accueillent… ou à défendre les intérêts de ceux qui les installent ?








