Le double veto russe et américain du 30 octobre au Conseil de sécurité, qui a laissé expirer le mandat de la MINURSO, marque un tournant décisif dans le dossier du Sahara. Derrière l’apparente paralysie institutionnelle se dessine un renversement de rapport de force : tandis qu’Alger déplore la perte de son principal levier de blocage, le Maroc voit s’ouvrir une séquence diplomatique conforme à la réalité du terrain et à la dynamique de son plan d’autonomie.
Ahmed Zoubaïr
L’obstination, nourrie de mauvaise foi, ne saurait se réclamer indéfiniment et impunément d’un prétendu principe universel : le masque finit par tomber et révèle le vrai visage du soi-disant bienfaiteur, transformant à dessein cette fourberie en obstacle à l’adoption d’une solution posée sur la table et saluée par tous comme juste et crédible. Le dossier du Sahara marocain est précisément arrivé à ce point de rupture. Alors que le plan d’autonomie proposé par le Maroc en 2007 s’est imposé comme une base centrale des négociations internationales, le Front Polisario et son géniteur algérien ont persisté dans une stratégie d’obstruction qui entretient le statu quo au lieu de contribuer à le dépasser. Le double veto russe puis américain du 30 octobre au Conseil de sécurité des Nations unies, qui a empêché l’adoption des deux projets de résolution concurrents et laissé le mandat de Parrainé par les États-Unis, le projet de résolution visant à renouveler le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental( Minurso) arriver à expiration, sonne la fin d’un processus onusien qui a fini par s’autodisqualifier.
Relevant plus du marché de dupes que de la recherche d’un compromis raisonnable, il a longtemps été exploité par les adversaires de l’intégrité territoriale du Maroc pour immobiliser le cours des choses et l’assujettir à un chantage permanent. Le plus frappant dans cette séquence n’est pas seulement l’échec du Conseil à adopter un texte. C’est le décalage grandissant entre, d’un côté, une dynamique diplomatique qui accorde une place toujours plus importante à l’initiative marocaine et, de l’autre, une posture qui a fait de l’immobilisme une fin en soi. À force de récuser les évolutions du cadre de négociation sans parvenir à leur opposer une perspective de règlement susceptible de recueillir un soutien comparable, le Polisario et son sponsor attitré se sont piégés eux-mêmes en sabotant leur propre tactique d’entrave. L’arroseur arrosé.
Parrainé par les États-Unis, le projet de résolution visant à renouveler le mandat de la Minurso, arrivé à expiration le 31 octobre, s’est heurté au veto russe. Le texte prévoyait notamment de retirer la référence au « référendum » de l’intitulé de la mission et consacrait le plan d’autonomie du Sahara sous souveraineté marocaine comme « la seule base » de négociation en vue d’un règlement politique d’un conflit factice vieux d’un demi-siècle. Moscou a jugé utile de rejeter un projet jugé « unilatéral ».
Selon une lecture au premier degré, la séance du Conseil de sécurité a donné lieu à un bras de fer entre Russes et Américains, chacun opposant son veto à la proposition de l’autre. Dans la foulée, l’ambassadeur russe à l’ONU, Vassili Nebenzia, a soumis un texte alternatif prévoyant une reconduction purement «technique » de la mission, sans modification de son mandat ni de sa vocation initiale. Une initiative à son tour bloquée par le veto américain de Michael Waltz. La Russie de Poutine aurait cherché à préserver ses intérêts historiques auprès d’Alger tout en marquant son territoire face aux États-Unis. Ce faisant, elle n’a pas délibérément offert un « cadeau » au Maroc, mais son blocage a provoqué indirectement une onde de choc institutionnelle dont les conséquences dépasseraient ses intentions — à moins que le geste de Moscou n’ait visé, en vérité, à sanctionner un allié devenu trop encombrant. Résultat : faute de résolution adoptée, le mandat de la MINURSO n’a pas été renouvelé à son échéance du 31 octobre.

La mission se retrouve ainsi dans une situation d’incertitude institutionnelle à compter du 1er novembre. Une évolution que le Maroc a accueillie favorablement, à en juger par le communiqué du Cabinet royal, qui salue les perspectives ouvertes par cette nouvelle séquence diplomatique, traduite par le départ de la MINURSO, acté officiellement par l’ONU et son secrétaire général Antonio Guterres.
Sous perfusion onusienne
Qui tire réellement profit de la bataille géopolitique qui vient de se dénouer au Conseil de sécurité des Nations unies ? La réaction officielle de la diplomatie algérienne au lendemain de cette guerre des vetos ne laisse planer aucun doute. En déclarant publiquement : «Nous regrettons profondément la non-reconduction de la MINURSO », Alger laisse apparaître son désarroi au grand jour. Le contraste est saisissant avec le communiqué du Cabinet royal, qui s’en est félicité. Tandis que l’Algérie déplore la disparition de son principal levier de blocage, le Maroc savoure une victoire historique conforme à la réalité sur le terrain. En misant sur le maintien du statu quo par le biais du veto russe, le régime algérien s’est réjoui un peu trop vite de l’enterrement du texte américain. Mais en faisant tomber, par erreur tactique, le mandat de la MINURSO, il perd le principal relais international qui maintenait artificiellement le dossier sous perfusion onusienne depuis trente-cinq ans. Le Royaume n’a jamais eu besoin d’une mission de casques bleus pour administrer son Sahara. En prenant acte de la fin du mandat de la MINURSO, le Maroc retourne la situation à son avantage: il s’affranchit d’un cadre devenu anachronique, enterre définitivement l’idée caduque d’un référendum et impose la réalité d’un territoire en plein développement, dont le plan d’autonomie bénéficie d’un large consensus international.
Mais le Maroc ne saurait attendre indéfiniment le bon vouloir du Polisario et de son protecteur algérien pour qu’ils consentent enfin à examiner sérieusement la solution politique qu’il leur a généreusement proposée en 2007. Après près de deux décennies, l’initiative d’autonomie, conçue pour tourner définitivement la page d’un conflit qui n’a que trop duré, ne peut rester éternellement suspendue au bon vouloir de ceux qui persistent à entretenir l’impasse sans offrir d’alternative réaliste et viable. Dans ces conditions, le Maroc serait pleinement fondé à fixer un horizon temporel clair à son initiative, afin que les manœuvres dilatoires ne deviennent pas un droit au blocage institutionnalisé et que la recherche d’une solution ne soit plus indéfiniment prise en otage par le refus de négocier. Il reviendrait alors au Polisario et à l’Algérie de choisir entre une participation sérieuse à la recherche d’un compromis historique et la responsabilité politique d’un enlisement dont les populations sahraouies séquestrées dans les camps de Tindouf continuent de payer le prix.








