Le modèle City Club, longtemps présenté comme une success story de la démocratisation du fitness au Maroc, connaît un finish brutal sous le poids des procédures judiciaires. Après l’ouverture d’un redressement contre la société Sacha Edy, pilier de l’empire de Jonathan Harroch, la justice commerciale vient d’étendre la procédure à dix autres entités liées.
Le redressement judiciaire initialement ouvert contre la société Sacha Edy, entité pivot de la galaxie City Club (réseau de salles de sport dirigé par Jonathan Harroch), s’est encore élargi. Le tribunal de commerce de Casablanca a ordonné le 10 novembre 2025 l’extension de la procédure à 10 nouvelles sociétés connexes, portant le total des entités concernées à 37 enseignes désormais sous contrôle judiciaire.
Ces banqueroutes en série révèlent une gouvernance chaotique d’un réseau longtemps présenté comme un acteur majeur du fitness au Maroc. Une série noire qui met en lumière les zones d’ombre d’un système fondé sur les abonnements massifs à prix cassés, l’opacité financière… et un storytelling bien huilé.
Au-delà du simple volet judiciaire, cette cascade d’extensions pose de graves questions sur la santé financière du groupe, l’encadrement financier et social de ses activités (créances bancaires, impayés de loyers, contentieux salariaux, etc…). Mais le promoteur, qui se croyait définitivement protégé, est allé trop loin dans les abus, confie un ancien proche de Harosch qui tombera en 2024 sur une affaire de consommation de drogue en compagnie de filles de petite vertu.
Interpellé dans une chambre d’hôtel à Casablanca, il sera poursuivi en état d’arrestation pour traite d’êtres humains, ainsi que pour d’autres infractions, dont la consommation de stupéfiants. Le procès de l’accusé s’ouvre le 2 décembre prochain devant la chambre criminelle près la Cour de Casablanca.. Dès lors, commence pour lui la descente aux enfers qu’il était loin de penser connaître un jour.
Confronté aux déboires judiciaires de son fondateur et à une gestion dans l’impasse, le groupe City Club serait aujourd’hui en passe d’être cédé à un investisseur externe, avec un plan de modernisation à 80 millions de dirhams envisagé. Cette opération pourrait représenter un tournant : il s’agira de redonner confiance aux adhérents, aux partenaires financiers et de relancer une activité fragilisée. Mais qui osera engager des capitaux tant que les zones d’ombre sur les responsabilités ne seront pas levées ?
Franco-marocain de confession juive, Jonathan Harroch traîne une réputation sulfureuse dans les milieux d’affaires casablancais. Plusieurs sources évoquent son passif et son passé de mauvais payeur en France (que le Canard était le premier a révélé en 2008 avec la création de sa première enseigne Lady Fitness), entre dettes bancaires non honorées, impayés fournisseurs et contentieux sociaux . Son ascension fulgurante dans le secteur du fitness a souvent été attribuée non pas à la solidité de son modèle économique, mais plutôt à des appuis solides dans l’establishment, notamment une association informelle avec une personnalité influente, ce qui lui a ouvert grandes ouvertes les portes des banques de la place et lui permis de bénéficier de crédits bancaires sans les garanties habituelles et de fermetures de dossiers embarrassants.
Cette proximité supposée, longtemps perçue comme un bouclier, semble aujourd’hui s’effriter, laissant Harroch seul face à une avalanche de procédures, à la méfiance grandissante du secteur bancaire. Un scénario de plus dans la série bien nationale des « magnats du vide » qui bâtissent des empires… sur du sable.
En effet, Jonathan Harroch a surtout bâti son empire City Club sur une machine à cash bien huilée, reposant sur une stratégie d’abonnements massifs low cost attirant des milliers de clients… mais réglés quasi exclusivement en liquide. Résultat : des flux colossaux d’argent liquide, peu ou pas traçable, alimentant un système opaque à souhait. Cette opacité a longtemps fait tiquer les observateurs du secteur, d’autant plus que les investissements réels dans les infrastructures semblaient décalés par rapport aux recettes présumées. Peu de réinvestissement, beaucoup de liquidités, et une gestion pour le moins… troublante.
Dans cette affaire, les abonnés font aussi partie des grands perdants . Séduits par des formules attractives à prix cassés – parfois pour un an, voire deux entre 2500 et 5000 DH – ils se retrouvent aujourd’hui lésés, sans services rendus ni remboursement en vue. Beaucoup témoignent de salles fermées du jour au lendemain, d’équipements dégradés, d’un personnel absent ou non payé… et surtout d’une impossibilité de récupérer leur argent, la société étant désormais sous procédure judiciaire. Résultat : ce qui devait être un abonnement bien-être s’est transformé pour eux en marché de dupes, avec des promesses illusoires et un service en déclin. La machine à cash de City Club a tourné à plein régime… mais au final, ce sont les abonnés qui payent l’addition, sans tapis de course pour fuir la tromperie…








