Jamil Manar
En ce 70e anniversaire de l’indépendance du Maroc, l’histoire boucle une boucle pleine de symboles : le 18 novembre 2025, le Royaume célèbre sa souveraineté retrouvée, alors que la communauté internationale vient de conforter sa position sur le Sahara à travers la résolution 2797 du Conseil de sécurité. Une reconnaissance claire et ferme du plan d’autonomie comme seule voie crédible de règlement du conflit factice du Sahara. De l’indépendance territoriale à l’intégrité nationale, le Maroc avance, méthodiquement, dans sa reconquête diplomatique. Cette reconnaissance constitue non seulement une victoire diplomatique mais aussi un signal fort pour la stabilité régionale. Plus que jamais, le Maroc confirme son rôle d’acteur central, capable d’allier respect de son intégrité territoriale et ouverture au dialogue. Ce 70e anniversaire n’est donc pas qu’un moment de mémoire, mais aussi une célébration d’un avenir construit sur la paix, la volonté d’aller de l’avant-garde et la souveraineté. Ce 70e anniversaire de l’indépendance du pays se conjugue avec une nouvelle ère d’affirmation et d’espoir. Fort de ce consensus international fort , le Royaume s’engage résolument vers un futur où progrès, développement et unité sont les maîtres mots. Une page se tourne, l’épopée se poursuit.
Les nihilistes vous diront sur un ton se voulant convaincant que le Maroc, ce pays des paradoxes par excellence, n’a pas fait grand-chose en 70 ans d’indépendance, tout en s’employant à brosser un tableau noir de la situation nationale. A les entendre argumenter, tous les (mauvais) ingrédients sont réunis pour que vous envisagiez sérieusement de quitter, si vous êtes un père de famille, le pays avec armes, femmes, enfants et bagages vers des cieux supposés plus cléments. Ces pessimistes sur commande prennent souvent prétexte des insuffisances et autres dysfonctionnements qui plombent le pays pour le présenter sous un jour apocalyptique. Or, la réalité est beaucoup plus nuancée qu’elle n’est dépeinte par ces oiseaux de mauvais augure qui pérorent dans les salons en comité restreints ou déversent leur fiel sur le pays via, soi-disant, des analyses savantes. En plus de 60 ans d’indépendance, le Maroc a réalisé, n’en déplaise aux partisans invétérés du « verre à moitié vide », des progrès dans plusieurs domaines que nombre de nations riches en hydrocarbures n’ont pas pu atteindre. Ces avancées lui permettent aujourd’hui, malgré certaines défaillances de gouvernance et les insuffisances constatées çà et là, de prétendre à un rang honorable sur l’échelle du développement en envisageant l’avenir avec optimisme.
L’avenir c’est, sans conteste, la consolidation du progrès économique et social où le Maroc a accusé un retard considérable à cause notamment des années de plomb et du dérèglement éducatif provoqué par l’arabisation des programmes. Un retard chronique que S.M le Roi Mohammed VI s’est attelé, dès son accession au trône en juillet 1999, à rattraper en lançant plusieurs initiatives visant à résorber le déficit social, mesures parmi lesquelles figure l’initiative nationale de développement humain (INDH), destinée à aider les couches vulnérables, que ce soit dans les villes ou les campagnes, à se prendre en charge à travers le soutien d’activités génératrices de revenus. Sur ce plan, la réussite est remarquable puisque ce chantier, qui reste perfectible, a permis de faire reculer la pauvreté dans le pays, avant que la pandémie du Covid-19 et la vie chère ne viennent provoquer une urgence sociale sans précédent en creusant un peu plus les inégalités qui restent flagrantes. Le véritable défi réside dans la capacité des gouvernants à faire en sorte que les fruits de la croissance économique, dont le taux doit être à deux chiffres, pour que le Royaume prétende réellement au statut de pays émergent, puissent profiter à tous les citoyens, et non pas seulement à une petite minorité. A cet égard, le gouvernement est appelé plus que jamais à faire preuve de courage politique et d’imagination pour positionner le Royaume, fort de sa stabilité politique inestimable et de sa position stratégique inespérée, pour en faire un hub des échanges régional et un pôle mondial d’investissement dans les industries d’avenir. La prospérité sinon pour tous du moins pour le grand nombre est à ce prix.
Terre des braves, le Maroc millénaire, debout malgré l’adversité et les coups bas, qui tel un roseau plie mais ne se brise pas, a arraché son indépendance en 1956 au prix de moult sacrifices. L’immense défi consiste aujourd’hui à œuvrer d’arrache-pied en vue d’acquérir sa souveraineté dans des secteurs stratégiques.
Terre des braves, le Maroc millénaire, debout malgré l’adversité et les coups bas, qui tel un roseau plie mais ne se brise pas, a arraché son indépendance au prix de moult sacrifices. L’immense défi consiste aujourd’hui à œuvrer d’arrache-pied en vue d’acquérir sa souveraineté dans des secteurs stratégiques. C’est en étant conscient de ces atouts non négligeables que le Maroc, sous l’impulsion royale, a consenti de gros efforts dans le domaine des infrastructures notamment portuaires (Tanger Med, Nador West Med en devenir et port Dakhla Atlantique…), ferroviaires (la Ligne à grande vitesse), autoroutières et aussi dans le domaine énergies propres (le complexe Noor).
La co-organisation par le Maroc de la Coupe du monde 2023 avec l’Espagne et le le Portugal sonne comme un couronnement de toutes ces avancées. Mettre le pays sur les rails du décollage économique en attirant davantage d’investisseurs étrangers est un pari que le pays est en train de relever. La mayonnaise commence à prendre puisque le Maroc devient désormais la destination privilégiée des constructeurs aussi bien automobiles qu’aéronautiques. Cette ouverture sur la dynamique des délocalisations à haute valeur ajoutée doit impérativement s’accompagner d’une politique volontariste en la matière.
Le but étant d’encourager le « produire local » et réduire le fardeau des importations qui creuse dans des proportions ahurissantes le déficit commercial. L’un des principaux enjeux étant justement d’assurer au Maroc une autonomie stratégique dans des secteurs essentiels et de ne pas rester à la merci de la Chine, comme c’est le cas aujourd’hui, pour son consommable industriel et technologique. Dans un contexte mondial marqué par l’explosion sans précédent des prix des matières premières et du transport maritime sur fond de difficultés d’approvisionnement, il est salutaire de prendre le contrôle de son destin national. Il y va de la sécurité du pays et de son avenir. Les recommandations du rapport sur le nouveau modèle de développement recoupent dans bien des aspects cette nécessité de cesser de sous-traiter aux autres les produits qui exigent un know-how pointu. Devenir une terre inventive ne se décrète pas. Cela se construit en tenant le bon bout : l’investissement dans le capital humain et avec en parallèle, pour gagner du temps, la conclusion de partenariats win-win de transfert technologique. L’homme marocain est connu pour son potentiel créatif qu’il utilise hélas pour monter des combines et autres astuces, faute de sa canalisation dans des domaines productifs avec le soutien actif d’un État stratège qui trace un cap industriel ambitieux…
Tout comme l’assistanat, le sous-développement n’est pas une fatalité. Mais la trajectoire d’un pays est déterminée généralement par les choix de ses décideurs: rester une destination moins disante des petites mains ou devenir la nation à haute valeur ajoutée des cerveaux. Sans conteste, le Roi Mohammed VI nourrit de grands desseins pour le royaume et son peuple. Ce qu’il n’a de cesse de montrer, depuis son accession au Trône, par les chantiers d’envergure qu’il lance et les accords de partenariat qu’il initie. Fort d’une signature crédible à l’international, le Maroc avance, séduit les investisseurs, attire des cohortes de touristes et s’impose sur les scènes diplomatiques et économiques. Mais derrière la vitrine, les urgences nationales s’accumulent. Le Roi lui-même l’a rappelé : réduire les disparités territoriales, répondre aux aspirations d’une jeunesse en éveil et réformer en profondeur l’école ne peuvent plus attendre. Former des esprits libres, des citoyens instruits et engagés, est une urgence vitale. Offrir un accès digne aux soins et freiner l’exode médical est un autre front stratégique. Mais tout cela restera vain sans un sursaut éthique. Car c’est bien la gouvernance publique, gangrenée par la corruption, qui freine l’élan du pays et décourage les bonnes volontés. Moraliser la vie publique, réconcilier les citoyens avec leurs institutions, c’est aussi bâtir la confiance nécessaire pour faire du progrès et la prospérité une réalité partagée et non un privilège réservé.








