Le Maroc entier attendait avec impatience le discours royal prononcé vendredi 10 octobre devant les deux Chambres du Parlement, à l’occasion de l’ouverture de la cinquième et dernière année législative. Ceux qui croyaient que le souverain allait répondre aux revendications du mouvement Gen Z qui ont l’allure d’un ultimatum en ont été pour leurs frais.Un immense soulagement se lisait sur les visages, notamment des membres du gouvernement et leur chef. Ils ne seront pas démis de leurs fonctions comme l’a exigé le collectif Gen Z mais iront jusqu’au bout de leur mandat.
Laila Lamrani
Le Roi Mohammed VI s’est placé au -dessus de la mêlée en recadrant le débat public sur la responsabilité politique, la justice territoriale et la performance institutionnelle. Une feuille de route claire et ferme que les responsables, gouvernement et élus, invités à « mener à bonne fin les processus législatifs » et à « demeurer alertes et engagés à plaider la cause des citoyens », sont appelés à mettre en musique sur le terrain. Ce rappel à l’ordre politique sonne comme une mise en responsabilité: les promesses électorales ne font pas une politique de développement. Dans un pays engagé dans plusieurs réformes sociales structurantes — protection sociale, emploi, retraites, santé — le Roi rappelle une vérité : la mesure du succès ne se fera pas à travers les discours, mais à l’aune des résultats tangibles pour les citoyens.
Les institutions face à l’épreuve du résultat
De nombreux observateurs ont relevé dans le ton du discours un mélange de fermeté et de pédagogie. Le Roi ne se contente pas de rappeler les obligations constitutionnelles du Parlement, il en réaffirme la triple vocation : légiférer, contrôler et représenter. En d’autres termes, il ne s’agit plus seulement de voter des lois, mais d’en suivre l’application et d’en mesurer les effets sur le terrain.
Ce message s’inscrit dans la continuité de la réforme institutionnelle engagée depuis la Constitution de 2011. Le Souverain souligne que la crédibilité de la représentation politique passe par la reddition des comptes, l’exemplarité et la proximité. Autrement dit, le Parlement doit redevenir un acteur vivant de la démocratie, pas un simple spectateur passif.
Justice territoriale et sociale
L’un des points saillants du discours réside dans la vision d’un Maroc qui ne fonctionne pas à deux vitesses avec des disparités territoriales. A cet effet, le souverain a insisté sur la convergence entre développement économique et progrès social : « Il ne devrait y avoir ni antinomie ni rivalité entre les grands projets nationaux et les programmes sociaux. »Le développement du littoral, des zones montagneuses et des oasis, ainsi que la promotion des centres ruraux émergents, sont présentés comme trois leviers concrets d’une convergence territoriale réussie. Cette « intelligence du territoire » doit être soutenue par une gouvernance moderne : des données fiables, des méthodes de travail renouvelées et une culture du résultat. En d’autres termes, la politique de développement doit se nourrir d’efficacité, pas de bureaucratie.
Vision de gouvernance
La « culture de la performance publique » évoquée par le Roi marque une rupture avec la logique des moyens. Les investissements publics doivent produire leurs fruits : emplois, inclusion sociale, amélioration des services. Cette approche repose sur la modernisation administrative, l’usage du numérique dans la planification, l’évaluation, et la participation accrue du secteur privé.
C’est également un appel à transformer les mentalités au sein de l’administration: moins de lenteurs, plus d’impact. En ce sens, le discours s’adresse autant aux décideurs politiques qu’aux gestionnaires publics.
Chantiers du futur
En citant explicitement ces trois secteurs, le Roi rappelle qu’ils sont le moteur du modèle de développement. Éducation et santé demeurent les maillons faibles de la gouvernance publique : les réformes s’y succèdent sans toujours produire les effets attendus.
Le Souverain en fait des priorités absolues, conditionnant leur réussite à la cohésion sociale et la stabilité du pays. L’emploi, quant à lui, reste la passerelle entre croissance économique et justice sociale : il s’agit d’en faire un vecteur de dignité, notamment pour la jeunesse marocaine.
À l’approche des élections de 2026, le message est limpide : la confiance des citoyens se gagnera par l’action, non par la rhétorique. Les partis politiques sont invités à réinvestir le terrain, à canaliser les attentes sociales et à redevenir des médiateurs efficaces entre le peuple et l’État.
En conclusion, la citation coranique qui clôt le discours — « Quiconque fait un bien fût-ce du poids d’un atome, le verra » — confère à cette allocution toute sa portée morale. Chacun, du gouvernement au citoyen, est renvoyé à sa conscience et à son devoir.
Akhannouch mobilise ses troupes
Dans la foulée du discours royal devant le Parlement vendredi 10 octobre, le président du RNI Aziz Akhannouch a réuni les députés du parti. A cette occasion, il les a exhortés pour retourner dans leurs circonscriptions pour échanger avec les citoyens, “ auxquels vous devez votre siège “ pour leur expliquer ce qu’ils ont accompli et ce qu’ils n’ont pas pu réaliser et pourquoi.

M. Akhannouch a dit attendre la même mobilisation de la part des ministres pour accélérer la cadence de réalisation des projets en cours conformément aux instructions royales. Le message de M. Akhannouch est sans équivoque : au travail, pas de temps à perdre !








