Finale de la CAN : À la justice de brandir le carton rouge ! 

La justice doit sévir contre les appels à la haine en ligne …

Abdellah Chankou

Il ne fait pas bon être Subsaharien au Maroc ces derniers jours. Depuis la défaite des Lions de l’Atlas face au Sénégal en finale de la CAN dimanche 18 janvier à Rabat, un climat pesant s’est installé dans le pays, fait de suspicion, de menaces à peine voilées et parfois d’appels explicites à la haine. Des ressortissants africains disent se sentir ciblés, intimidés, voire persécutés par une frange de Marocains incapables d’accepter une défaite sportive pourtant inhérente au jeu.

Sur les réseaux sociaux, des appels à chasser les Subsahariens du Maroc ont fleuri, se propageant à une vitesse inquiétante, dans un silence assourdissant des autorités judiciaires. Un silence d’autant plus incompréhensible que, pour des faits bien moindres commis en ligne, la justice a déjà démontré sa capacité à intervenir rapidement et fermement. Les témoignages de haine sont parfois livrés à visage découvert, assumés sans gêne ni retenue, comme celui de ce jeune agriculteur marocain qui se vante publiquement d’avoir licencié trois ouvriers agricoles pour leur seule nationalité. Ce type de discours, exhibé fièrement sur les réseaux sociaux, révèle une réalité inquiétante : l’ignorance et le nationalisme exacerbé constituent un terreau fertile pour la xénophobie, la stigmatisation et la banalisation de l’injustice.

Lorsqu’on commence à applaudir l’exclusion, à justifier la discrimination en flattant les instincts nationalistes et à transformer la frustration sportive en revanche sociale, on franchit une ligne  rouge. Dangereuse. Ce ne sont plus des dérapages isolés, mais les symptômes d’un mal plus profond : la confusion entre patriotisme et rejet de l’autre. Or, le vrai patriotisme élève, il ne humilie pas ; il protège l’image du pays, il ne l’abîme pas.

Tolérer ces comportements, c’est faire le jeu de ceux qui rêvent de voir le Maroc divisé, affaibli et replié sur lui-même. Une société qui ferme les yeux sur la haine finit toujours par en payer le prix.

Laisser prospérer ce discours haineux, c’est prendre le risque de banaliser l’inacceptable et d’installer un dangereux sentiment d’impunité.

Rien, absolument rien, ne justifie cette dérive. Le comportement condamnable de quelques supporters sénégalais dans les tribunes — qui se sont attaqués à des stadiers — ne peut en aucun cas servir de prétexte à une généralisation abusive et encore moins à une déferlante de haine contre l’ensemble des Africains vivant au Maroc. Punir des innocents pour les actes de quelques-uns relève de l’injustice et d’un grave manque de discernement. 

Le football est un exutoire, pas un alibi. Une défaite, aussi douloureuse soit-elle, ne doit jamais se transformer en permis pour humilier, exclure ou menacer l’autre. En s’attaquant aux Subsahariens, certains ne défendent ni le Maroc ni son honneur ; ils trahissent au contraire ses valeurs historiques de respect, d’hospitalité et de vivre-ensemble. Et ils offrent, surtout, un spectacle indigne qui dessert l’image du pays bien plus qu’un penalty raté ou une finale perdue.

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