La CAN, anesthésiant politique 

Aziz Akhannouch, chef du gouvernement.

Ahmed Zoubaïr 

Alors que les thermomètres dégringolent et que l’ampleur des attentes sociales  ont de quoi donner des sueurs froides même sans chauffage, une aubaine inestimable s’est abattue sur la scène politique nationale : la CAN. En quelques jours, elle a réussi là où des années de stratégie gouvernementale ont échoué : faire taire les critiques, détourner l’attention et, surtout, offrir au chef du gouvernement un break inespéré.

Aziz Akhannouch, qui n’en demandait pas tant, aurait bien signé pour une Coupe d’Afrique… illimitée. Une CAN perpétuelle, étalée sur cinq ans, renouvelable une fois, comme certains mandats ! Depuis le coup d’envoi de la compétition le 21 décembre, lui et son gouvernement ont littéralement disparu des radars. Plus de déclarations crispées, plus de charivari au Parlement, plus de slogans enflammés sur les réseaux… Le ballon rond a éclipsé la politique, comme un but à la 90e minute efface subitement la déception des supporters.

Il faut dire que la CAN, c’est du pain béni, l’anesthésiant rêvé. Un calmant collectif, sans ordonnance, sans remboursement, mais avec effets secondaires garantis : cris de joie, klaxons et montée soudaine d’adrenaline  patriotique. Et pendant que les supporters se passionnent pour les buts acrobatiques d’El Kaabi ou les dribbles ingénieux de Diaz, les dossiers brûlants, eux, restent bien au congélateur.

Même les râleurs les plus coriaces ont remisé pancartes et indignation, troquant les hashtags engagés pour des “Dima dima Maghrib !” Ou “ Sir Biid”enflammés. La politique est gelée, le foot est roi. Et Akhannouch, sans dire un mot, savoure in petto ce temps mort géant, probablement en se demandant s’il ne pourrait pas glisser une CAN dans chaque loi de finances.

Un anesthésiste doué n’aurait pas fait mieux. Vive le foot !

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