La pétanque, ex-fierté nationale auréolée de titres mondiaux, roule désormais sans repère. Suspension internationale, clubs en grève, bannissements des compétitions internationales, AG fantômes… Et un président de fédération hors-la-loi qui regarde ailleurs, imperturbable, comme si le Maroc n’était pas devenu persona non grata sur les terrains du monde.
Mais le naufrage de cette discipline n’est pas un cas isolé. Il raconte, en condensé, la faillite chronique de la majorité des fédérations sportives nationales embourbées dans le copinage, l’opacité, l’amateurisme et l’impunité. Une épidémie de mauvaise gouvernance contamine nombre de disciplines sportives, transformant le paysage sportif en terrain vague. Un désert où les présidents s’éternisent, les compétitions s’effacent et les jeunes talents perdent espoir.
Mais ce qui choque davantage, c’est le silence assourdissant du ministère de tutelle, pourtant censé réguler, surveiller et intervenir, face à tant de turpitudes. Mohamed Saad Berrada est aux abonnés absents. Il a d’autres chats à fouetter : de sérieux soupçons de conflit d’intérêt pèsent sur ses sociétés opérant dans le secteur pharmaceutique .
Seul rescapé du naufrage fédéral : le football. Grâce à la gestion rigoureuse de la FRMF et l’engagement de son président Fouzi Lekjaa, le ballon rond reste droit dans ses crampons. Résultat : crédibilité, performance et rayonnement international. Comme quoi, quand on veut, on peut. Encore faut-il vouloir.
Du 22 au 28 novembre 2025, la Mauritanie a abrité le 10e Championnat d’Afrique de pétanque sous l’égide de la CASP et de la FIPJP. Dix-huit nations étaient en lice, pour ferrailler en individuel, doublette, triplette et tir de précision, avec des tickets en jeu pour les Mondiaux 2026. Mais un grand absent de marque: le Maroc. Décryptage d’un naufrage
Triple champion du monde, le Maroc est cloué au sol par ses propres déboires fédéraux, provoquant frustration et incompréhension aussi bien chez les athlètes frustrés que les supporters. Pendant que le continent joue, le royaume, lui, regarde… la boule à zéro. Inacceptable.
Autrefois, la pétanque nationale faisait figure de conte sportif à la sauce « boule de cristal » : on lançait, on visait, on gagnait. Trois titres mondiaux, une précision chirurgicale, et un prestige qui envoyait même les cigales du Sud de la France bouder dans leur coin. Mais voilà, ces dernières années, la trajectoire s’est mise à cligner du guidon, la boule a quitté le cochonnet, et la discipline est aujourd’hui en mode dérapage incontrôlé.
A l’origine de la déroute : la Fédération Royale marocaine de Pétanque (FRMP), dont le président Khalid Mansouri, n’a pas tenu ses assemblées générales depuis trois saisons consécutives (2022-2023, 2023-2024 et 2024-2025). Ce n’est que récemment que M. Mansouri, par ailleurs parlementaire RNI de la région de Béni Mellal, a décidé, sous la pression des mécontents, de convoquer une assemblée générale élective censée aboutir à l’élection d’un nouveau bureau et d’un nouveau président. Mais la réunion a rapidement viré au fiasco. Des membres en colère ont vivement contesté la légalité de cette AG, interrompant les travaux et réclamant la mise en place d’une commission provisoire indépendante pour encadrer le processus électoral. Ambiance sous pression autour du cochonnet…
Le président contesté n’a pas dit son dernier mot. Dans une lettre datée du 29 novembre 2025, il a relancé la machine en invitant les présidents de ligues régionales et les associations affiliées à déposer, sous huit jours, leurs candidatures par courrier recommandé en vue de l’assemblée générale fixée au samedi 13 décembre 2025 à Rabat. Mais cette nouvelle tentative pourrait bien faire chou blanc : sans la mise en place préalable d’une commission provisoire, comme exigé par une grande partie des adhérents, l’AG risque fort d’être boycottée. Le suspense reste entier… au bord du terrain comme dans les coulisses.
Derrière ces manœuvres en série, beaucoup voient surtout une tentative de l’équipe sortante de faire oublier une question qui fâche : qu’est-il advenu de l’excédent budgétaire laissé par l’ancien bureau, dirigé par Mahmoud Archane ? Plusieurs voix s’élèvent pour exiger des éclaircissements, réclamant un rapport financier détaillé et, surtout, un audit indépendant des comptes de la fédération. Mais tant que ces demandes restent lettre morte, le flou règne… et la tension monte. Ambiance électrique sous les boules de pétanque. Une situation qui va à l’encontre de la loi 30.09 et les statuts types qui exigent une assemblée générale annuelle pour approuver les rapports moral et financier et renouveler les mandats statutaires. Devant ces entorses à la loi, les ligues régionales ont lancé une fronde en règle. Safi, Marrakech, le Sud, Fès, Meknès et plus de 20 clubs du Centre ont mis les boules en grève : plus de compétitions officielles, licences bloquées depuis 2023,cotisations toujours encaissées… mais plus personne pour jouer le jeu. Aujourd’hui, la pétanque nationale ne roule plus : elle cale, glisse, rebondit de travers… et cherche désespérément son cochonnet.
Et comme si les plombs ne suffisaient pas, les finances font elles aussi un joli carambolage. Les champions de la Coupe du Trône attendent toujours leurs primes, tandis qu’une question rebondit sur tous les boulodromes : que sont devenus les 10 millions de DH laissés dans les caisses par l’ancien bureau ? Le Tribunal Arbitral du Sport s’en mêle et enfonce la mène : suspension internationale du Maroc jusqu’à renouvellement des structures fédérales. En clair : tant qu’on joue à la pétanque avec des dés pipés, plus de terrain international. Premier coup de massue : un Mondial en Italie du 18 au 21 septembre 2025… sans le Maroc. Un silence lourd comme une boule oubliée. Les critiques ont tiré à vue : mauvaise gestion, absence de vision, cafouillage à tous les étages.
Avec les Mondiaux féminins en France et juniors en Espagne qui pointent, le Maroc risque de nouveau d’être spectateur. Et si aucune décision ne vient redonner sa trajectoire à cette discipline en perte de repères, la pétanque nationale finira sans doute dans le cercle fermé des grands ratés du sport marocain. Le Maroc suspendu par la justice sportive internationale et banni de toute compétition officielle ? Les clubs en grève? Les joueurs en colère ? Le président hors-la-loi n’en a cure. Il s’accroche à son poste, insensible aux critiques comme aux désastres. Face à la fronde qui prend de l’ampleur, la Fédération daigne enfin donner signe de vie. Par Deux communiqués aussi flous qu’un terrain sablonneux : une AG ordinaire et une AG élective le 15 novembre… sans préciser le lieu. De la pétanque fantôme, nouveau sport favori du président seul contre tous !








