Ahmed Zoubaïr
Chaque hiver, les mêmes images de désolation défilent: villages coupés du monde, routes ensevelies sous la neige, habitants livrés à eux-mêmes, parfois dans des conditions extrêmes. Ces scènes de détresse, devenues presque rituelles, ne relèvent ni du hasard ni de l’imprévisible. Elles illustrent une réalité connue, documentée, et pourtant mal traitée par les politiques publiques.
Il est temps d’ouvrir un vrai débat national sur l’occupation humaine des zones montagneuses en période hivernale. Peut-on continuer à tolérer que des familles vivent à l’année dans des zones inaccessibles dès les premières neiges, sans structures de santé à proximité, sans routes praticables, sans dispositifs d’urgence efficaces ? Ne serait-il pas plus rationnel de proposer un modèle d’habitat alternatif pour la saison hivernale, en plaine, là où l’accès aux services de base est garanti ?
Au-delà de l’urgence saisonnière, c’est une vision globale qu’il faut adopter. Le Maroc a besoin d’une véritable « loi montagne », à l’image de ce qui existe dans d’autres pays. Une loi qui encadre l’urbanisation en altitude, protège l’agriculture et la forêt, valorise les activités traditionnelles, et surtout, accompagne les territoires de montagne dans leur adaptation au changement climatique.
Le séisme d’El Haouz, qui a frappé durement le Haut Atlas, a d’ailleurs mis en lumière la fragilité des zones montagneuses. Au-delà du drame humain, il a révélé, une fois encore, la difficulté d’accès à ces territoires enclavés et la précarité aiguë dans laquelle vivent leurs habitants. Routes détruites, secours retardés, villages isolés: autant de réalités qui rappellent l’urgence d’une réflexion structurelle sur l’urbanisation en altitude.
Cette tragédie devait être un point de bascule: continuer à ignorer les limites d’un habitat dispersé en montagne, soumis aux caprices du climat et aux risques naturels, reviendrait à exposer durablement des populations entières à l’insécurité. Une politique d’aménagement spécifique, appuyée par une « loi montagne » ambitieuse, devient plus que jamais nécessaire pour protéger ces territoires, tout en assurant à leurs habitants un cadre de vie digne, sécurisé et durable.
La montagne ne doit plus être un angle mort du développement. Elle est un patrimoine naturel, humain et économique d’une richesse inestimable. Mais elle est aussi un territoire fragile, que l’on ne peut plus gérer avec des solutions ponctuelles ou de simples campagnes de solidarité hivernale. Il faut un cadre, une volonté politique, et surtout, une stratégie durable.
En somme, protéger la montagne, c’est protéger ses habitants. C’est aussi reconnaître que le développement équilibré du Maroc passe par une vraie prise en compte de ses hauteurs… et de ceux qui y vivent.








