Sous les projecteurs d’une CAN organisée à domicile, Walid Regragui porte sur ses épaules le poids des espoirs de toute une nation derrière les Lions de l’Atlas. Entre pression populaire, enjeu sportif et investissement colossal du pays, le sélectionneur n’a tout simplement pas droit à l’erreur. Pour lui, cette CAN est bien plus qu’un tournoi : c’est un examen national à haut risque.
Ahmed Zoubaïr
En tant que pays organisateur, le Maroc savait où et quand débuter sa CAN. Et il a bien lancé les hostilités. Dimanche soir 21 décembre, à Rabat sous une pluie battante, les Lions ont dompté les Comores (2-0) au Stade Prince Moulay Abdellah, malgré la pression, le poids des attentes, et un bloc bas difficile à contourner. Une entrée en matière réussie, mais pas encore une démonstration de force. Dès les premiers matchs de poule, certaines équipes ont clairement affiché leurs ambitions. C’est le cas notamment du Sénégal, qui n’a laissé aucune place au doute lors de son entrée en lice dans cette CAN 2025. Au Grand Stade de Tanger, les Lions de la Terranga ont déroulé mardi 23 décembre leur jeu avec maîtrise face au Botswana, s’imposant sans trembler sur le score net de 3-0. Un signal fort envoyé à tous les prétendants au titre… et un avertissement à peine voilé pour Walid Regragui, qui sait désormais à quoi s’attendre. Car le plus dur reste à venir. Walid Regragui et ses hommes n’ont pas encore croisé la route des deux adversaires les plus solides du groupe A, le Mali et la Zambie. La suite du parcours s’annonce donc décisive. Prochaine étape : vendredi 26 décembre à 21h, face aux Aigles du Mali, toujours sur cette même pelouse de Rabat. Une victoire permettrait d’envoyer un message clair : le Maroc est là pour atteindre la finale et la gagner. Et le premier concerné dans cette belle et stressante histoire à la fois, c’est bel et bien Walid Regragui. Propulsé au rang de héros national après le parcours historique des Lions au Mondial 2022, il est aujourd’hui face à un immense défi : gagner la CAN à domicile, 49 ans après le seul et unique sacre marocain décroché en 1976. Une longue attente ponctuée de nombreuses déceptions.
La pression est palpable, très forte. Un enjeu quasi-existentiel. Car cette CAN est bien plus qu’un tournoi de football. Elle a été pensée et conçue comme un projet d’État, une vitrine de performance, un vecteur de communication et un levier d’influence africaine. Des milliards ont été investis dans les infrastructures, les hôtels, la sécurité, la communication et le confort des joueurs et du staff. Le tout pour que le Maroc brille, non seulement en tant qu’hôte, mais aussi comme prétendant au titre. Le public, passionné mais exigeant, ne se satisfera pas d’un beau jeu ou d’un parcours honorable. Il veut la coupe, pas des promesses. Dans a CAN aux allures de mission patriotique, une sortie prématurée ou un faux-pas serait très difficile à digérer. Bien plus qu’un simple revers sportif, ce serait presque une catastrophe nationale, un séisme émotionnel pour tout un peuple en état de ferveur. Regragui n’en est que trop conscient. Conscient que chaque choix tactique, chaque composition, chaque changement sera scruté. Conscient aussi qu’il ne joue pas seulement pour une victoire, mais pour préserver le moral de toute une nation. Et dans un Maroc où le football est plus rassembleur que les discours politiques, faire vibrer les filets, c’est faire battre les cœurs. Or, le football n’est pas une science exacte, et jouer à domicile ne garantit rien. Ce n’est pas non plus parce qu’on est favori qu’on est assuré de soulever le trophée. Mais dans cette CAN de tous les enjeux, le Maroc doit en sortir vainqueur. Plus qu’un coach, Regragui est devenu un symbole. Et dans une CAN jouée à domicile, où tout semble prêt pour la consécration, seule la réussite a sa place dans le scénario rêvé du Maroc. La balle est dans son camp.








