Moins de bébés, plus de cannes : Silence, on vieillit, le Maroc face à sa bombe démographique

Alors que le Maroc avance à grands pas vers un vieillissement accéléré de sa population, entre baisse alarmante de la natalité et explosion du nombre de seniors, le gouvernement Akhannouch ne semble pas réaliser la gravité du phénomène. Aucun plan d’encouragement à la naissance, aucun débat sur l’immigration subsaharienne… Le Royaume glisse doucement vers une crise silencieuse, mais redoutable.

Ahmed Zoubaïr

Dans la continuité de ses travaux entamés dès 2010, le Haut-Commissariat au Plan (HCP) revient avec une nouvelle analyse approfondie sur le vieillissement de la population marocaine. Ce travail s’inscrit dans une dynamique d’évaluation des progrès accomplis en matière de prise en charge des personnes âgées, mais aussi d’identification des défis encore à relever pour garantir un vieillissement digne.

Appuyé sur les données récentes du Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) de 2024, le rapport offre une lecture fine et multidimensionnelle de ce phénomène démographique. Il évalue l’ampleur du vieillissement, ses caractéristiques socio-économiques et ses disparités territoriales, tout en dressant un portrait complet des seniors marocains : leur situation familiale, résidentielle, leur niveau d’instruction, leur présence sur le marché du travail, leurs conditions de logement ou encore leur état de santé. Ce travail vient aussi alimenter la réflexion prospective en anticipant les évolutions à venir, alors que le Maroc intensifie ses réformes dans la protection sociale, la couverture santé et l’inclusion des personnes âgées dans la société.

Le vieillissement de la population s’impose comme l’un des grands défis du XXIe siècle. Déjà bien installé dans les pays du Nord, ce phénomène gagne désormais du terrain dans de nombreux pays du Sud. Le Maroc, à son tour, entre dans une phase marquée par l’augmentation rapide de la part des personnes âgées dans sa population, une évolution démographique qui n’est pas sans conséquences.

La transition démographique nationale, caractérisée par la hausse de l’espérance de vie, la baisse de la fécondité et les profondes mutations sociales, transforme peu à peu la pyramide des âges. Résultat : le poids des seniors s’accroît de manière constante, posant une série de défis majeurs en matière de politiques publiques.

Car le vieillissement de la population dépasse le cadre des simples données statistiques. Il appelle une adaptation urgente dans des domaines clés: santé, protection sociale, logement, emploi, accompagnement et inclusion. Il révèle également des inégalités persistantes, selon le genre, le lieu de résidence ou encore le niveau d’éducation. Ce changement de profil démographique exige une révision du rôle et la place des personnes âgées dans la société. Leur participation active à la vie sociale et économique, leur accès aux soins, à l’information, à un habitat décent et à l’exercice de leurs droits fondamentaux doivent être placés au cœur des politiques publiques à venir.


Alors que les données du HCP confirment une transition démographique marquée par le vieillissement rapide de la population (5,5 enfants par femme en 1982 à 1,97 en 2024, soit sous le seuil de renouvellement), le silence du gouvernement surprend. Là où certains pays – comme la France, la Turquie l’Allemagne ou plus récemment la Corée du Sud – multiplient les politiques natalistes (allocations, congés parentaux renforcés, soutien à la garde d’enfants, aide financière aux jeunes couples ), le Maroc tarde à proposer une stratégie claire pour inverser la tendance ou, du moins, en atténuer les effets. Ce mutisme a de quoi interroger et inquiéter, surtout que le vieillissement impactera directement la soutenabilité des systèmes de retraite, de santé, et du marché du travail. Le moment est venu d’ouvrir un débat national sur la natalité, la place de la famille, et l’attractivité de la parentalité dans un Maroc en pleine mutation.

Le vieillissement démographique dans un pays en voie de développement comme le Maroc présente un paradoxe préoccupant : au moment même où le pays a besoin d’une population active nombreuse pour soutenir sa croissance, innover, produire et financer les systèmes sociaux, il risque de voir cette force vive s’amenuiser. Avec une base de jeunes en recul et une proportion de personnes âgées en hausse, le Maroc pourrait être confronté à une triple pression : une Baisse de la productivité globale faute de main-d’œuvre suffisante; une augmentation des dépenses sociale, notamment en santé et en retraites et une capacité réduite à capter le dividende démographique qui constitue un levier essentiel pour l’essor des pays émergents. Sans politique volontariste pour encourager la natalité, mais aussi pour adapter l’économie à cette nouvelle donne, le Maroc pourrait voir son développement freiné au moment où il s’emploie à franchir un cap stratégique décisif pour son avenir. Le gouvernement attend peut-être, sur ce sujet crucial aussi, des instructions royales pour bouger et que le souverain lui dise que vieillir est un enjeu national… ou qu’il lui rappelle que le temps, lui, ne s’arrête pas.

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