Ni remboursement ni report pour ceux qui ont décidé d’annuler leur séjour Omra pour cause de guerre au Proche Orient. Pèlerinage à haut risque, profits bénis!
Alors que les missiles continuent de pleuvoir sur le Proche-Orient, traçant des arabesques mortelles dans le ciel de la région, l’Arabie saoudite a choisi courageusement son camp. Non pas celui de la paix, mais celui du business. Or le sens des responsabilités exige que Ryad ferme son espace aérien aux vols internationaux pour ne pas exposer la vie des gens à des risques inconsidérés. Mais pourquoi interrompre un juteux commerce sous prétexte que des missiles iraniens pourraient transformer un vol commercial en torche volante?
Les frappes israélo-américaines ont déchaîné la colère de Téhéran, qui a riposté en envoyant des missiles sur les pétromonarchies. Mais à Ryad, on a la foi chevillée au corps et au portefeuille. La sécurité des passagers ? Un détail insignifiant. Le risque qu’un missile égaré transforme un voyage spirituel en sépulture ? Un risque négligeable, comparé aux milliards de dollars que rapporte la Omra tout au long de l’année.
L’Arabie saoudite continue donc de vendre ses packs « Omra spécial Ramadan », jouant à la roulette russe avec la vie des fidèles. Car il ne faudrait surtout pas que la géopolitique vienne gâcher la saison des affaires. Après tout, tant que les pèlerins traversent un espace aérien sous tension, l’essentiel est ailleurs : il faut bien remplir les caisses pour pouvoir, ensuite, généreusement remplir les poches de « tonton Trump » et de ses copains. Parce qu’en Arabie, la charité commence par soi-même… et finit souvent à Washington.
Et pour ceux qui, au Maroc, ont eu la mauvaise idée de paniquer et d’annuler leur séjour, le message des autorités saoudiennes est d’une clarté cristalline : pas un centime ne sera rendu, pas un voyage reporté. Vous avez peur de finir en passager clandestin d’un missile iranien ? C’est votre problème. Le contrat, c’est le contrat. La guerre, c’est la guerre. Mais l’argent, lui, ne se discute pas.
Alors voilà : venez à vos risques et périls, traversez un espace aérien sous tension, croisez les doigts pour que votre vol ne croise pas la trajectoire d’une roquette.
Et pour ceux qui, au Maroc, ont eu l’inconvenance de paniquer et d’annuler leur séjour, le message venu de Arabie saoudite est d’une limpidité presque spirituelle : pas de remboursement, pas de report. Le contrat est sacré — peut-être même plus sacré que le pèlerinage lui-même. Vous craignez que votre avion partage le ciel avec un missile iranien ? C’est regrettable, mais ce genre de détail n’entre manifestement pas dans les clauses de l’aviation et de l’hôtellerie locales.
Après tout, la foi demande du courage. Alors venez, traversez un espace aérien sous tension, et espérez simplement que votre vol ne croise pas la trajectoire d’une roquette égarée venue d’Iran. Certains parlent de voyage spirituel ; d’autres pourraient y voir une expérience mystique… avec un supplément d’adrénaline.
Car dans cette affaire, une chose semble parfaitement claire : la guerre est peut-être incertaine, la géopolitique imprévisible, mais les recettes du pèlerinage, elles, restent d’une stabilité remarquable. Et il serait tout de même dommage que quelques inquiétudes sécuritaires viennent perturber la colossale pompe à fric spirituelle du royaume de MBS.
Au fond, c’est peut-être cela la vraie leçon : dans un monde agité et dangereux, il existe encore une valeur refuge absolue : le paiement non remboursable. Et si, au passage, une partie de ces milliards contribue à huiler les relations stratégiques avec les États-Unis et leur flamboyant président Donald Trump, c’est sans doute ce que l’on appelle, dans certains cercles, une bénédiction géopolitique.
Après tout, quoi de plus sacré qu’un pèlerinage effectué dans la peur ? Ça ajoute du piquant à la spiritualité. Et surtout, cela permet aux caisses saoudiennes de rester pleines, prêtes à être généreusement reversées à «tonton Trump » et à ses amis américains. La foi est sacrée, les recettes encore plus!
On croyait pourtant que la tragédie du Malaysia Airlines Flight MH17 au-dessus de l’Ukraine avait servi de leçon : un avion civil et 298 passagers pulvérisés en juillet 2014 parce que le ciel d’une zone de guerre était resté ouvert. Mais il faut croire que, face aux milliards du transport aérien et du pèlerinage, certaines leçons finissent par se dissoudre dans les bilans comptables.
Finalement, le seul espace vraiment sécurisé dans cette histoire qui ne vole pas très haut semble être la caisse…








