PAM-Istiqlal-MP-PPS : Quatre partis pour une nouvelle majorité

Fatima Zahra Mansouri (PAM), Nizar Baraka (Istiqlal), Mohamed Ouzzine (MP) et Mohamed Nabil Benabdallah (PPS).

Au-delà des équilibres politiques, cette coalition potentielle devra surtout répondre à une urgence : réduire les fractures sociales et territoriales, préserver le pouvoir d’achat et jeter les jalons d’un Maroc à une seule vitesse. Explications. 

Ahmed Zoubaïr

Les résultats du scrutin du 23 septembre ouvrent la voie à plusieurs scénarios de majorité. Parmi ceux-ci , une coalition à quatre : le PAM, l’Istiqlal, le MP et le PPS. Ensemble, ces formations totalisent 210 sièges, soit douze de plus que le seuil requis. Mais derrière l’addition parlementaire se profile une équation bien plus délicate : faire cohabiter quatre histoires politiques, quatre sensibilités et quatre façons de regarder le pays.

Arithmétique confortable

Le PAM, arrivé en tête avec 97 sièges, et l’Istiqlal, troisième avec 65, totalisent à eux deux 162 députés. L’appoint du Mouvement populaire et de ses 29 sièges porte le total à 191. Il manque  sept sièges pour atteindre la majorité absolue. C’est là que le PPS peut entrer en scène avec ses 19 députés. Sur le papier, l’affaire semble entendue : une majorité confortable, sans le RNI ni le PJD, Benkirane et son Conseil national ayant déjà rejeté toute alliance avec le PAM. Mais la politique n’étant pas une simple opération arithmétique, l’intérêt d’une telle coalition résiderait surtout dans ce qu’elle pourrait incarner. Sauf à être tenté de reconduire la coalition sortante, un scénario qui n’est de nature à calmer la colère sociale et pourrait au contraire constituer le meilleur stimulant pour un PJD renforcé dans l’opposition….

Le PAM apporterait son statut de première force parlementaire issue du scrutin. L’Istiqlal, son poids historique et son ancienne implantation nationale. Parti extraction rurale fort de son ancrage berbère, le MP, avec ses 29 députés, pourrait porter plus directement la voix des territoires ruraux et des zones qui attendent encore de bénéficier des fruits de la croissance. Le PPS ajouterait une autre dimension : celle d’une formation expérimentée dans l’exercice du pouvoir, issue d’une tradition de gauche sensible aux questions sociales, aux services publics, aux inégalités et à la justice territoriale.

Autrement dit, le PPS — qui a déjà gouverné avec les islamistes — n’en est pas à son coup d’essai. Il sait que les coalitions au Maroc ne se construisent pas nécessairement sur une identité idéologique commune. La question des disparités territoriales occupe depuis des années une part importante du discours politique. Les écarts entre métropoles et territoires enclavés, entre zones littorales et arrière-pays, entre espaces fortement équipés et communes encore insuffisamment dotées de services essentiels constituent un défi majeur pour les politiques publiques. 

Faire entrer le MP dans la majorité ferait envoyer un message politique fort : le développement territorial ne doit pas être une annexe du programme gouvernemental, mais l’un de ses axes centraux. Le PPS pourrait, de son côté, contribuer à donner une dimension sociale plus affirmée à cette ambition. Car un territoire n’est pas seulement une route, un pont ou des adductions d’eau . C’est aussi une école, un centre de santé, un transport public, une connexion numérique, un emploi, un service administratif. Et, surtout, la possibilité pour un jeune de construire son avenir sans être obligé de quitter son village  pour accéder aux mêmes opportunités que les citadins.

PAM-Istiqlal-MP-PPS ne serait pas seulement une majorité de 210 députés. Elle pourrait être présentée comme une majorité alliant modernisation, expérience historique, ancrage territorial et sensibilité sociale. Évidemment, cela ne préjuge en rien des négociations entre les partis ni de leur éventuelle volonté de gouverner ensemble. Le PPS a notamment posé publiquement des conditions à une participation gouvernementale, portant sur la gouvernance, la transparence et la lutte contre les conflits d’intérêts. Mais politiquement, cette combinaison à quatre aurait une autre vertu : elle éviterait que la formation du gouvernement apparaisse comme une simple reconduction de l’ancienne majorité, dont certains de ses membres se sont affrontés à couteaux tirés lors de la campagne électorale. La future majorité est confrontée au défi de transformer son capital de confiance parlementaire en un véritable récit politique : Un Maroc moderne, certes tourné vers la Coupe du monde, mais qui ne se résume pas à ses grandes villes.

Un Maroc compétitif, mais pas indifférent aux inégalités ; tourné vers l’avenir, mais attentif à ses territoires ; économiquement ambitieux, mais soucieux de sa cohésion sociale. 210 députés pour gouverner. Mais surtout une occasion de démontrer que la majorité absolue peut être autre chose qu’un chiffre : un contrat entre des sensibilités politiques différentes autour d’un même objectif — créer les conditions d’un Maroc à une seule vitesse que le SM le Roi n’a de cesse d’appeler de ses vœux. 

Le test du pouvoir d’achat

La cohésion sociale sera l’un des grands tests du prochain gouvernement dans un contexte marqué par la vie chère  et l’érosion du pouvoir d’achat au delà du supportable. Un sujet que Fouzi Lekjaa connaît d’autant mieux que, comme ministre délégué chargé du Budget, il a été au cœur de la mécanique financière de l’État et qu’il l’a retrouvé, durant la campagne, au contact du Maroc profond. D’Azilal à Tinghir, de Zagora à Bouarfa, le candidat du PAM a fait de la vie chère un thème récurrent de ses meetings, reconnaissant que les hausses de SMIG et les différents dispositifs de soutien n’avaient pas suffisamment résisté à la flambée des prix.

Cette lucidité affichée sur les limites des réponses gouvernementales précédentes place désormais la prochaine équipe au pouvoir devant une obligation de résultat : faire en sorte que le revenu surtout des catégories modestes ne soit plus absorbée par celle du coût de la vie et de l’inflation. Car lorsque le panier de la ménagère continue d’être lourdement grevé malgré les efforts budgétaires consentis, la question cesse d’être seulement économique pour devenir éminemment sociale et politique. Préserver le pouvoir d’achat, contenir la hausse des prix des produits de première nécessité et réduire les dysfonctionnements des circuits de distribution, identifier et fiscaliser les fameux intermédiaires seront ainsi autant de leviers pour restaurer la confiance. Avec, en toile de fond, la nécessité de désamorcer la mèche de la contestation sociale, dont les premières étincelles ont déjà été vives et palpables sur les réseaux sociaux à l’encontre du gouvernement sortant.

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