Parlement : Jemaa El-Fna sous la coupole !

El Mansouri au Parlement
Fatima Ezzahra El Mansouri a fait sensation face à ses adversaires politiques...

À en juger par les premières passes d’armes jeudi 22 octobre entre les chefs de groupes parlementaires de l’opposition et la cheffe du gouvernement autour de sa déclaration de politique générale , une certitude commence à se dessiner  : la nouvelle législature ne risque pas de sombrer ni dans l’ennui ni dans la somnolence. Entre un chef de groupe du PJD qui manie la provocation comme d’autres le chapelet, une collègue du Mouvement populaire qui ne s’embarrasse guère de précautions de langage et une cheffe de gouvernement qui distribue les répliques du tac au tac, la guignolade parlementaire cuvée 2026-2031 s’annonce prometteuse…

Avec sa gouaille bien marrakchie, Fatima Ezzahra El Mansouri ne semble pas du genre à encaisser les piques sans renvoyer la balle. À chaque flèche de l’opposition, la patronne de l’exécutif a opposé une réplique qui claque.

Pour sa première empoignade parlementaire, El Mansouri n’a pas démérité. Aux yeux de plus d’un observateur, elle a même marqué des points en remontant les bretelles — ou plutôt la djellaba — au chef du groupe parlementaire du PJD, Idriss El Yazami. Sans passer par quatre chemins , la cheffe du gouvernement a montré qu’elle a de la ressource et  ne comptait pas se laisser marcher sur les escarpins . Comme on dit chez nous d’une femme qui a du cran et du répondant, El Mansouri a prouvé qu’elle était un homme… et demi !

De quoi donner des sueurs froides aux parlementaires venus réciter leur partition et qui découvrent, médusés, que la cheffe du gouvernement sait aussi improviser et titiller le nerf à vif. 

Résultat : sous la coupole, les débats prennent déjà des airs de numéro de cabotinage. Les uns provoquent, les autres surenchérissent, tandis que la première responsable de l’exécutif  ne se prive pas de monter sur scène pour rendre coup pour coup. Vivement  les acrobates, les charmeurs de serpents et les conteurs pour compléter le tableau.

Il ne manque plus à ce casting haut en couleur que le patron du PJD, Abdelilah Benkirane, canne à la main et boniments en bandoulière, ainsi que le patron à vie de l’USFP, Driss Lachgar, avec sa silhouette généreuse et son goût prononcé pour les joutes politiques. Le tableau serait alors complet : la coupole pourrait afficher complet pour sa nouvelle saison de duels rhétoriques.

Jemaa El-Fna aurait-elle  trouvé une annexe au Parlement ? La comparaison est tentante. À ceci près que, sur la mondialement célèbre place de Marrakech, les fameux hliqia font généralement payer le spectacle aux badauds, tandis qu’au Parlement, c’est le contribuable qui finance les guignolades. 

Reste à espérer que, derrière les coups de griffe, le cirque politicien et les joutes vachardes , les élus n’oublieront pas l’essentiel : débattre des problèmes des Marocains plutôt que de se disputer la vedette. Car si la politique peut avoir du panache, elle ne saurait se réduire à une compétition de punchlines. Les citoyens  attendent des solutions, pas seulement des numéros de scène.

Pour l’heure, le rideau vient à peine de se lever. Et si les premiers échanges donnent le ton, la prochaine séance promet déjà son lot de provocations, de répliques assassines et de coups de théâtre. Au Parlement, le spectacle est gratuit… du moins pour ceux qui ont oublié qu’ils en paient la facture.

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