Politique : Le turbo Lekjaa

Fouazi Lakjaa, mission accomplie.

La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri au poste de cheffe de gouvernement éclaire rétrospectivement d’un jour nouveau le recrutement du ministre du Budget sortant par le PAM quelques mois avant les élections législatives du 23 septembre. Décryptage à pleine vitesse.

Ahmed Zoubaïr

Cop de tonnerre dans le ciel politique national. Quelques semaines avant le scrutin du 23 septembre, le PAM fait entrer dans ses rangs Fouzi Lekjaa. Un recrutement pour le moins surprenant qui a secoué le paysage politique et perturbé les calculs de plus d’un. Aussitôt, les langues se sont déliées pour affirmer que l’entrée en politique du ministre sortant du Budget et du président de la FRMF n’était pas fortuite et que l’intéressé se prépare pour devenir futur chef de gouvernement. La rumeur enfle au point de le donner candidat dans son fief à Berkane dans l’oriental avant qu’il ne renonce à la dernière minute à battre campagne…Malgré ce renoncement dont les raisons n’ont pas été expliquées, les observateurs ont continué à penser que la nouvelle recrue a été mise en orbite pour avoir un destin national. L’écho rencontré par l’hypothèse Lekjaa à la primature n’a pas laissé indifférents les autres acteurs de la majorité et de l’opposition. Depuis le départ-surprise de Aziz Akhannouch et son remplacement en février dernier par Mohamed Chouki à la tête du RNI, les observateurs ont commencé à voir dans le secrétaire général de l’Istiqlal, Nizar Baraka, un candidat sérieux pour conduire « le gouvernement du mondial» convoité aussi par le chef du gouvernement sortant et la coordinatrice du PAM et ministre de l’Habitat Fatima Ezzahra El Mansouri. Une rivalité qui a éclaté au grand jour dès début 2025, mettant quelque peu à mal la cohésion gouvernementale. Mais l’intrusion du nom de Fouzi Lekjaa dans le jeu quelques mois avant le scrutin a rebattu les cartes et tempéré bien des ardeurs tout en déplaçant subitement le centre de gravité du pouvoir…Il était dès lors certain que ni le RNI ni l’Istiqlal n’accèderont au fauteuil tant désiré.

Depuis plusieurs années, Fouzi Lekjaa a construit patiemment une image flatteuse auprès d’une large frange de l’opinion publique : celle d’un dirigeant capable d’obtenir des résultats. Sous sa présidence, force et de reconnaître que la Fédération marocaine de football s’est imposée comme l’une des plus performantes du continent. Les exploits des Lions de l’Atlas au Mondial qatari de 2022, l’organisation réussie de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 au Maroc et la préparation de la Coupe du monde 2030 ont renforcé son aura bien au-delà du monde sportif. C’est naturellement qu’il émerge du lot et fait en même temps l’objet d’attaques venus essentiellement du RNI dont l’ex-leader s’est évertué en pleine campagne électorale à minimiser son bilan footballistique et du chef des islamistes qui, avec sa jactance coutumière à laquelle il doit fait sa popularité, a tenté de dissuader M. Lekjaa de s’aventurer sur le terrain politique et de s’en tenir à celui du ballon rond.

cari lakjaa finfin

Le PAM, qui a été sérieusement ébranlé par des scandales retentissants, dispose certes d’élus, de réseaux territoriaux et d’une forte implantation locale. Mais il lui manquait encore une figure susceptible d’incarner une ambition nationale et de mobiliser un électorat au-delà de son socle habituel. Dans cette perspective, Lekjaa a apporté au PAM ce qu’aucune campagne électorale même à plusieurs milliards ne fabrique en quelques semaines : un capital confiance inestimable. Pour un parti politique, difficile d’imaginer meilleure rampe de lancement politico-médiatique…Dans la tête des ingénieurs de la politique nationale, Lekjaa au PAM a été mobilisé non pas pour prendre le volant mais pour jouer en quelque sorte le rôle du turbo à un tracteur qui sans cette force motrice n’aurait certainement pas fini la course en tête avec 97 sièges (soit 10 sièges de plus par rapport aux législatives de 2021) contre 66 pour le RNI et 65 pour l’Istiqlal. De ce point de vue, l’arrivée de Lekjaa au PAM prend rétrospectivement une tout autre signification. Baliser ainsi le terrain en mettant de la vitesse dans le moteur PAM pour permettre à la coordinatrice du parti Fatima Ezzahra El Mansouri d’accéder à la primature est plus qu’une trouvaille, une idée de génie ! D’une pierre deux coups : le PAM, grand rival du RNI que la realpolitik a fait cohabiter dans le gouvernement sortant, réalise enfin son ambition de conduire le gouvernement et en même temps met à sa tête une femme. Ce qui est une première dans l’histoire politique du Maroc. Bravo, les artistes !

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