Le recensement des populations sahraouies séquestrées de Tindouf est un enjeu majeur de la prochaine étape. Distinguer les véritables Sahraouis marocains des autres deviendra essentiel pour envisager l’avenir. Explications.
Laila Lamrani
Maintenant que le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2797, validant le plan d’autonomie marocain comme seule base de négociation sérieuse et crédible, l’heure n’est plus aux fanfaronnades ni aux envolées ridicules… mais aux papiers d’identité ! Car pour l’Algésario (cette alliance cynique et désormais enterrée entre l’Algérie et le Polisario), l’heure du recensement a enfin sonné — et ce ne sera pas une partie de plaisir.
Pendant près de 50 ans, la défunte Algésario a refusé tout recensement officiel, histoire d’entretenir le mystère (et surtout pour maintenir les différentes subventions accordées aux Polisario). Entre enfants fictifs, doublons tribaux et “invités permanents” venus du Mali ou de Mauritanie, les camps de Tindouf ont toujours été un carnaval d’identités — un peu comme un festival sans billetterie : on entre, on reste, et on devient “peuple sahraoui” par magie.
À force de vouloir faire nombre contre le Maroc, le Polisario a brassé large : des touaregs en rupture de ban, des nomades de passage, et même des familles à qui on avait juste promis le gîte, le manger et le couvert. Aujourd’hui, tous se retrouvent coincés dans un casting géant de “Sahraoui ou pas Sahraoui ?”, sous les projecteurs de la communauté internationale.
Les chioukhs, memoire vivante du Sahara
C’est ici qu’entrent en scène les chioukhs des tribus du Sahara marocain. Vrais notables, mémoire vivante des lignées et des alliances tribales, ce sont eux qui vont devoir départager les “vrais de vrais”, identifier les Sahraouis du Maroc. Ils sont les seuls capables de démêler les fils de cette mosaïque identitaire. « Dans ce processus, les chioukhs des tribus sahariennes — figures d’autorité traditionnelle au Sahara marocain — auront un rôle déterminant. Leur connaissance fine des lignées tribales, des origines familiales et des alliances ancestrales sera précieuse pour authentifier l’identité et les attaches territoriales de chaque personne, explique une notabilité sahraouie. Ils sont les seuls à même de faire la distinction entre les sahraouis authentiques et ceux enrôlés pour les besoins d’une fausse cause. »

les camps de Tindouf ont toujours été un carnaval d’identités.
L’affaire s’annonce complexe, surtout quand certains auront changé de tribu trois ou quatre fois au gré des circonstances. « Au sens purement géographique, les «Sahraouis» sont tous les habitants, nomades, semi-nomades, sédentaires, citadins ou ruraux vivant dans le désert du Sahara, immensité s’étendant de l’Atlantique jusqu’à la mer Rouge. Tous les Sahariens sont donc des «Sahraouis». Sont ainsi «sahraouis» les Maures de Mauritanie, les Touaregs d’Algérie, du Mali, du Niger et de Libye, les Toubou et les Zaghawa du Tchad, ou encore les Bedja du Soudan. Au Maroc, un habitant d’Ouarzazate, de Rissani ou de Zagora est «sahraoui», comme l’est également un Algérien de Biskra, un Libyen de Mourzouk ou encore un Malien de Tessalit », écrit l’historien et africaniste français Bernard Lugan parue dans le site le360 ( 21/5/2024).
L’Algérie et son géniteur algérien sont désormais face à un dilemme existentiel : jouer le jeu pour avancer ou manœuvrer pour bloquer. Mais une chose est sûre : l’ONU, les grandes capitales occidentales, et même certains ex-soutiens fatigués, ne veulent plus jouer au Monopoly du désert. Le temps des mirages est passé. L’heure est au comptage rigoureux et précis. . Et gare à ceux qui n’ont pas de ticket. Ce recensement, s’il est bien conduit, pourrait poser les bases d’un règlement équitable dans le cadre de l’autonomie. Il marquerait aussi la fin d’un mensonge démographique et humanitaire longtemps soutenu par le régime algérien. Il est fort probable que les séparatistes et leur sponsor officiel, fidèles à sa longue tradition de blocages stériles. tentent d’entraver le processus de recensement et de mise en œuvre du plan d’autonomie sous souveraineté marocaine. La raison? Un recensement transparent risquerait de révéler une vérité gênante : tous les «réfugiés sahraouis » ne sont pas sahraouis, et encore moins marocains. Cela mettrait à nu la supercherie démographique sur laquelle a reposé depuis des décennies la chimérique entité, à savoir un « peuple sahraoui », défendue et soutenue par le régime algérien.








