Il fallait bien trouver une explication un peu plus noble qu’un simple changement de casaque. Le notable sahraoui El Khattat Yanja, fraîchement repeint aux couleurs du PAM après avoir été élu sous les couleurs de l’Istiqlal, s’est donc livré à un exercice devenu un grand classique de la vie politique nationale : s’évertuer à expliquer que l’on change de parti… sans avoir changé d’idées si tant est qu’il y en ait eu…
À l’en croire, il ne s’agit ni d’un ralliement opportuniste, ni d’un calcul politicien, encore moins d’une transhumance électorale. Non, simplement d’un « nouveau moyen » pour poursuivre les mêmes objectifs. Une sorte de GPS politique qui aurait recalculé l’itinéraire, sans modifier la destination.
Pour justifier ce grand écart, le président de la région Dakhla-Oued Eddahab convoque alors le dossier du Sahara, les États-Unis, l’Espagne, la France, le Royaume-Uni, les résolutions internationales, le plan d’autonomie, le développement des provinces du Sud, les forums diplomatiques et même les cinq prochaines années. Rien que ça!
Le raisonnement est pour le moins déroutant : puisque la cause nationale progresse sur la scène internationale, il devenait apparemment indispensable… de quitter l’Istiqlal pour rejoindre le PAM. Un lien de cause à effet que même les plus fins analystes géopolitiques auraient sans doute du mal à établir. À écouter son raisonnement alambiqué, on finirait presque par croire que les avancées diplomatiques du Royaume dépendaient de la couleur de la carte de membre d’un élu régional. Comme si le patriotisme changeait de siège au gré des rendez-vous électoraux…
La démonstration prête d’autant plus à sourire que la défense du dossier du Sahara marocain n’a jamais été le monopole d’une formation politique. Elle fait l’objet d’un consensus national porté par l’ensemble des institutions, des partis et des citoyens. Lui attribuer une nouvelle dimension parce qu’on vient de changer de sigle partisan relève davantage de l’habillage politique que de l’argumentation.
Au fond, le véritable exploit de cette prise de parole est ailleurs: réussir à transformer un retournement de veste du bon côté en acte de foi patriotique. Une figure de style désormais bien connue, où les oiseaux migrateurs du souk électoral se parent des habits de l’intérêt supérieur de la Nation.
Décidément, dans le grand bal des girouettes, l’imagination des transfuges est sans limites. Les partis changent, les discours évoluent, mais les justifications, elles, restent étonnamment les mêmes : ce n’est jamais pour un poste, une stratégie ou un meilleur positionnement… c’est toujours pour servir encore mieux le pays!.








