Jamil Manar
Dans la majorité, il y a ceux qui font campagne et ceux qui font du bruit. Le RNI et le PAM ont choisi le bruit, avec une ardeur qui confine à l’indigestion. Passes d’armes, piques, accusations. La coalition gouvernementale n’est plus une coalition, la cohésion tant vantée a volé en éclats. Place au ring où chacun cherche à envoyer l’autre au tapis.
L’Istiqlal, lui, a choisi une autre ambiance: campagne feutrée, ton posé, température électorale sous contrôle. Pendant que les deux poids lourds de la majorité s’offrent un match de boxe politique où tous les coups sont permis, le parti de Nizar Baraka avance à petits pas. Sans ajouter de vacarme au vacarme. Sans surenchère. Avec cette élégance — réelle ou savamment calculée — de celui qui refuse de descendre dans l’arène. D’un côté, donc, le RNI et le PAM, deux formations qui ont gouverné ensemble et semblent avoir découvert, en pleine campagne, les charmes vénéneux de l’étripage verbal. De l’autre, l’Istiqlal, qui donne le sentiment de vouloir éviter les coups de coude, les petites phrases et les règlements de comptes publics. Une stratégie qui peut se lire comme un choix de responsabilité. Ou, plus simplement, comme l’art de laisser les autres s’épuiser tout seuls. En campagne électorale, il n’est pas toujours nécessaire de crier plus fort que son adversaire. Il suffit parfois de le laisser crier.
À force de se chamailler, de s’accuser et de solder leurs comptes haut et fort, les deux alliés devenus ennemis risquent de transformer leur rivalité en spectacle déplorable. Et dans ce contexte, l’Istiqlal peut bénéficier mécaniquement d’un préjugé favorable : celui du parti qui garde son calme pendant que les autres s’énervent en se disputant le fauteuil de la majorité. Baraka peut ainsi apparaître comme le troisième homme de cette querelle à trois : ni arbitre officiel, ni candidat au pugilat, mais suffisamment présent pour rappeler qu’il existe une autre manière de faire campagne. Reste à savoir si cette discrétion se traduira en suffrages pour au moins une deuxième place qui lui garantit le maintien au gouvernement. Après le vacarme des uns et les attaques des autres, le parti de Baraka mise sur une vieille recette : rester propre quand les autres se salissent. Reste maintenant à savoir si les électeurs applaudissent le flegme… ou s’ils plébiscitent la foire d’empoigne..








