« Moi, juif arabe en Israël » est un livre du Marocain Mordecaï Soussan. Il y retrace l’humiliation des juifs sépharades par leurs faux frères « ashkénazes » des anciens pays communistes. Etre sépharade en Israël est selon lui une « marque de Caïn » qui jamais ne s’efface. Né « juif arabe » à Fès, il n’est pas devenu ashkénaze en Israël. Qui imiter ? Le fonctionnaire grincheux ou l’ultranationaliste, le religieux fanatique ou le politicien retors? Pendant l’été 1959, dans les rues de Haïfa, les « Marocains » bravaient la police en brandissant le portrait de leur roi, Mohammed V. Bien plus tard, 1971 fut l’année des Panthères noires, jeunes tribuns sépharades surgis des quartiers pauvres de Jérusalem. Mais les juifs orientaux devront leur revanche politique au juif polonais Begin, habile à récupérer leur ressentiment. La gauche sépharade ne s’en est jamais remise. Dans ce livre, Mordecaï Soussan, raconte qu’un jour, lors d’une inauguration de l’administration dans laquelle il travaillait au Maroc, par SM le défunt roi Hassan II, il a voulu briller devant SM le roi en « insultant » la France… SM le roi, lui a alors rappelé qu’il devrait plutôt remercier la France qui lui a appris cette langue avec laquelle il châtie ce pays ! En effet, les Marocains mettront peut-être plusieurs générations à se rendre compte que le Protectorat français fut une chance inouïe pour le Maroc.
Nous sommes nombreux à être tristes de voir s’afficher sur les cafés français le slogan « Happy Hour » : une accroche marqueteuse anglo-saxonne pour inviter les salariés, qui quittent le stress du travail vers 17h/18h, à s’arrêter pour se détendre sur les terrasses d’un café avant de rentrer à la maison… Le philosophe Michel SERRES dit que « L’heure heureuse » sonne tellement plus beau que « Happy Hour ». De même, nous voyons beaucoup de librairies changer leur enseigne en « Book Addict ». C’est tellement moche ! Personnellement ça me rappelle le mari de la chèvre, le 3atrousse (bouc en français). Je ne vais pas aller acheter un livre chez 3atrousse : « ivre de livres », c’est tellement plus beau que l’addiction au bouc ! Le lecteur n’est pas une ma3za de Sidi Seguin (chèvre de Monsieur Seguin qui nous a tellement fait rire à l’école primaire). Pour rendre hommage à cette belle langue française, je vous propose 10 voyages avec 10 poèmes depuis le 13ème siècle à ce jour. Sans doute les 10 plus beaux poèmes de la langue française. Mécontent des décisions prises par le roi Louis XI sous l’influence des religieux qui prônent l’austérité mais qui s’enrichissent, le poète Rutebeuf reprend les personnages du Roman de Renard pour dénoncer la crédulité du roi, séduit par de mauvais conseillers :
« Renard est mort, Renard est vivant. Renard est abject, Renard est vil. Et Renard règne ! Renard règne depuis longtemps sur le royaume. Il y chevauche à loisir les rênes lâchées, au grand galop. Le bruit court qu’on l’aurait pendu. C’est du moins ce que j’avais entendu, mais, à dire vrai, il n’en est rien. Vous le comprendrez bien vite. Il est le maître de tous les biens. De Monseigneur Noble, des champs et des vignes. À Constantinople, Renard a tout bien manigancé dans les maisons comme dans les caves. Il n’a même pas laissé deux navets. De l’empereur, il en a fait au contraire un pauvre pécheur. Encore un peu plus, et il en faisait un pêcheur de pleine mer. Il n’y a rien à aimer en Renard, car Renard n’est rien d’autre qu’amer. C’est sa façon d’être. Renard est propre à déclencher une guerre dont le pays ne pourrait pas se relever. Monseigneur Noble le lion est persuadé que son salut dépend de Renard. En fait, pas du tout, qu’il s’adresse plutôt à Dieu ! J’ai bien peur qu’il ne récolte au contraire que préjudice et honte. » (À suivre)