Abdellah Chankou
Avec sa rafale de droits de douane qui n’a épargné aucun pays des cinq continents, Donald Trump a assassiné la mondialisation dont les jalons furent posés par les accords du GATT signés Marrakech en 1994. Non pas que le milliardaire américain soit un détracteur du libre-échange et un partisan du repli sur soi comme certains tentent de le présenter. Avec sa « taxe force » historique qui a fait chuter les bourses mondiales et provoqué une grosse vague vent d’inquiétude dans les milieux des exportateurs au quatre coins du monde, le locataire de la Maison Blanche caresse in petto une bien plus grande ambition : chiper à la Chine son statut d’usine du monde qu’il estime revenir de droit à son pays et parvenir ainsi à le réindustrialiser, espérant pousser par des mécanismes coercitifs les grands groupes étrangers à relocaliser leurs usines aux États-Unis. Détrôner et son ennemi numéro un, la Chine, reste le principal fil conducteur de la guerre trumpienne, qu’elle soit à caractère diplomatique ou commerciale. Tel un joueur de poker, Trump rêve de rafler la mise. Mais ce n’est pas sûr qu’il gagne à ce jeu hasardeux. Ses oukases risquent de se retourner contre lui, renforcer la Chine au lieu de l’affaiblir et isoler économiquement les États-Unis.
Les Américains qu’il dit vouloir enrichir en taxant le monde risquent au contraire de subir par le jeu des mesures de rétorsion les contrecoups de l’inflation. Tout à son obsession, Donald Trump pense faire coup double s’il parvient à réaliser un autre objectif tout aussi majeur qu’il poursuit par voie diplomatique : séparer la Russie de la Chine dont l’alliance représente dans la nouvelle doctrine américaine une menace réelle pour la suprématie des États-Unis. La méthode Trump va certainement faire des victimes collatérales, essentiellement parmi les pays émergents comme le Maroc dont les exportations vers les États-Unis se sont vues appliquer des droits de douane de 10% nonobstant l’accord de libre-échange signé entre les deux parties. En passe de devenir une terre privilégiée pour les capitaux chinois, notamment dans le secteur des batteries électriques, taxé à 25% par l’administration Trump, le Royaume pourrait pâtir de la guerre commerciale entre les géants américain et chinois en freinant la dynamique des investissements. Dans ce nouveau contexte de démondialisation, Rabat a toutefois des cartes en main à jouer pour capter les investissements des déçus du protectionnisme américain.