Les alertes météo rouge se sont multipliées au Maroc ces derniers temps, traduisant l’intensification des épisodes pluvieux qui ont provoqué des inondations inédites dans plusieurs régions, notamment les régions du nord et d’El Gharb. De mémoire de Marocain, on n’avait jamais observé des pluies d’une telle intensité. En quelques heures seulement, des volumes d’eau exceptionnels, de plus de 150 mm, se sont abattus sur des zones urbaines et rurales, dépassant largement les normes climatiques connues. Ces précipitations diluviennes, soudaines et concentrées, n’ont laissé que peu de marge aux sols et aux infrastructures pour absorber ou canaliser les eaux, provoquant ruissellements massifs, crues rapides et inondations dévastatrices. Plus surprenant encore est le caractère inhabituel et imprévisible de ces épisodes, qui rompent avec les schémas pluviométriques auxquels le pays était habitué jusque-là. Des villes autrefois relativement épargnées se sont retrouvées submergées, révélant la vulnérabilité des territoires face à des phénomènes météorologiques désormais hors norme.
Le déluge ! Les Marocains l’ont vu surgir sur leurs écrans avant même d’en mesurer l’ampleur. Sur les réseaux sociaux, les images de Ksar El Kebir, charmante petite ville du nord engloutie par les eaux, ont circulé en boucle : rues transformées en torrents, maisons envahies, commerces détériorés. En un laps de temps, nombre d’habitants désemparés ont vu leur vie basculer et perdre leurs biens en même temps que le pays découvre ce à quoi ressemble une catastrophe climatique lorsqu’elle frappe sans prévenir. Heureusement, il n’y a pas eu de pertes humaines. L’irréparable a été évité. Mais les dégâts matériels sont considérables et le choc psychologique profond. Pour la première fois en effet, les autorités, soutenues par la mobilisation des FAR ordonnée par le souverain, ont été contraintes de procéder à des évacuations préventives dans les provinces de Larache, Sidi Kacem, Kenitra et Sidi Slimane face à la violence de ces intempéries qui ne ressemblent en rien aux épisodes précédents.
Un basculement historique, préfigurant sans doute l’entrée du pays dans l’ère des événements climatiques extrêmes.
Jadis, les fortes précipitations épargnaient les villes, se contentant d’alimenter les oueds, de remplir les barrages et d’humidifier les campagnes. Cette fois, le scénario est différent: l’eau a envahi le tissu urbain, submergeant les rues et les habitations, révélant une violence et une intensité inédites. Des scènes que l’on croyait jusqu’ici réservées à d’autres pays ont fait, brutalement, irruption dans la réalité nationale. Cette séquence marque une rupture. Il révèle que le Maroc n’est plus spectateur des catastrophes climatiques mondiales : il en devient acteur à son corps défendant. Un basculement historique, préfigurant sans doute l’entrée du pays dans l’ère des événements climatiques extrêmes. Après des années de sécheresse, l’eau est donc revenue au Maroc mais avec une brutalité dévastatrice, mettant en lumière les insuffisances des politiques d’aménagement du territoire, la vulnérabilité de certaines villes et l’inadéquation de politiques publiques pensées pour un climat qui n’existe plus. Si l’efficacité de l’intervention des pouvoirs publics a permis d’éviter des drames humains, force est de reconnaître que l’urgence ne peut tenir lieu de seule réponse. Face à la répétition annoncée de ces chocs (le précédent de Safi), le gouvernement doit adapter en profondeur les politiques publiques à la nouvelle réalité climatique.
De nombreux acteurs interviennent dans la gestion du risque d’inondations comme les collectivités locales, les services de secours et de protection civile, ainsi que les compagnies d’assurance. Tous sont appelés désormais à trouver des solutions leur permettant de mieux anticiper et gérer les crises liées aux inondations. Certains constats s’imposent. Il existe des zones inondables qui ne doivent plus être habitées. Continuer à y construire ou à y maintenir des populations revient à intégrer le risque comme norme. Urbanisme, logement, infrastructures, prévention: tout doit être repensé à l’aune du chamboulement climatique. Ksar El Kebir et Sidi Kacem, tout comme Safi il y a quelques mois, ne relèvent pas du simple phénomène météorologique. C’est un signal d’alarme. Le changement climatique n’est plus une abstraction. Il est là, visible, violent, partagé en temps réel. Pour les responsables, l’enjeu n’est plus d’en prendre conscience et de gérer la crise mais d’élaborer une nouvelle vision à la hauteur des nouveaux défis climatiques.








