L’enfance n’est pas à vendre 

Abdellah Chankou, directeur de la publication.

Alors que la France d’Emmanuel Macron vient d’interdire  officiellement l’accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux, le Maroc semble évoluer à contre-courant en raison notamment d’une dérive préoccupante qui pose avec acuité la question de la protection de l’enfance à l’ère des réseaux sociaux. Non seulement un tel débat peine à émerger, mais de plus en plus de mamans « créatrices de contenu » n’hésitent pas à utiliser leurs propres enfants à des fins publicitaires. L’enfance est-elle en train de devenir un business lucratif? À voir certaines influenceuses marocaines transformer leurs propres enfants en vitrines publicitaires, la question mérite sérieusement d’être posée.

Sur les réseaux sociaux, certains gamins n’ont en effet plus le temps d’être des gamins : ils sont devenus à leur insu des ambassadeurs de tout et n’importe quoi avant même de savoir lire ou écrire! Plus qu’un phénomène de mode, c’est désormais un véritable business sans scrupules qui s’installe et se banalise chez bien des rabatteuses de marques, prêtes à monétiser le moindre instant du quotidien familial. Petit-déjeuner, sortie au zoo, anniversaire, vacances, rentrée scolaire ou simple promenade : Le moindre instant du quotidien est recyclé en réclame, converti en opportunité marchande et prétexte à rentrer de l’argent… Une pâte à tartiner aujourd’hui, une boisson gazeuse demain, des vêtements le week-end, un fast-food la semaine suivante, avant d’enchaîner avec un zoo, un hôtel, restaurant ou marque de cosmétiques. L’enfant, souvent trop petit pour comprendre ce qui se joue, devient malgré lui le principal argument marketing. Le plus préoccupant n’est pas que ces commerçantes de l’intime gagnent leur vie grâce à la publicité. C’est leur droit. Le problème réside dans la disparition progressive de la frontière entre vie familiale et communication commerciale. Le sourire spontané d’un enfant se transforme en outil de vente, son image en support publicitaire et son quotidien en vitrine permanente.

L’influence est devenue un commerce. Mais être parent est une responsabilité. Entre les deux, une ligne rouge existe et ne devrait jamais être franchie 

À cet âge, un enfant ne consent pas à voir son visage diffusé auprès de centaines de milliers, parfois de millions d’internautes. Il ne mesure ni les conséquences de cette sureexposition numérique ni les traces qu’elle laissera pour le reste de sa vie. Pourtant, son image est exploitée pour vendre des produits dont certains sont loin de promouvoir un mode de vie équilibré : boissons sucrées, produits ultra-transformés ou restauration rapide côtoient désormais les jouets, les vêtements et les loisirs. Cette marchandisation de l’enfance soulève une question éthique essentielle : jusqu’où peut-on aller au nom des partenariats commerciaux? Les réseaux sociaux ne devraient-ils pas fixer des garde-fous lorsque les mineurs deviennent les principaux ambassadeurs d’une marque? L’enfance ne se monnaye pas : une dérive à combattre. Aussi le temps est-il venu pour les pouvoirs publics de se saisir de cette question d’importance. Le Maroc gagnerait à se doter d’un cadre juridique encadrant l’utilisation de l’image des mineurs à des fins commerciales sur les Net. Il ne s’agit pas d’interdire le métier de vendeur d’images, mais de fixer des limites claires lorsque des enfants sont utilisés comme vecteurs publicitaires.

Une réglementation pourrait notamment imposer des règles strictes sur la fréquence d’apparition des mineurs, la nature des produits promus – en particulier les aliments ultra-transformés, les boissons sucrées ou tout produit susceptible de nuire à leur santé – ainsi que sur la protection de leur droit à la vie privée. Protéger l’enfance doit primer sur la course aux vues, aux abonnés et aux contrats publicitaires. Les enfants ne sont ni des marques, ni des vitrines commerciales, encore moins des outils de monétisation. Le Maroc ne pourra pas échapper à ce débat de société. Dans plusieurs pays, les législateurs commencent déjà à encadrer l’activité des « enfants influenceurs », à protéger leur droit à la vie privée et à prévoir que les revenus générés grâce à leur image leur soient en partie réservés. L’influence est devenue un commerce. Mais être parent est une responsabilité. Entre les deux, une ligne rouge existe et ne devrait jamais être franchie: celle qui consiste à transformer l’enfance en argument commercial permanent. Car un contrat publicitaire dure quelques jours, tandis que l’empreinte numérique d’un enfant, elle, peut durer toute une vie.


Même les canards les plus turbulents ont parfois besoin de laisser refroidir l’encrier, de changer quelques plumes et de recharger les batteries. Après des mois à courir derrière une actualité plus folle que jamais – où la réalité dépasse souvent la caricature –, Le Canard Libéré suspend provisoirement ses éditions hebdomadaires en PDF pour une parenthèse estivale. Rassurez-vous : il ne s’agit pas d’un départ en retraite, ni d’un ralliement au camp de la pensée unique. Juste une pause pour reprendre notre souffle… avant que l’actualité ne nous le coupe de nouveau. Car nous connaissons nos dirigeants : ils sont parfaitement capables de gâcher les vacances des journalistes. Si un scandale éclot, si une bourde devient virale ou si le monde décide une fois de plus de marcher sur la tête, votre palmipède national reprendra aussitôt son envol sur le web, avec le même bec acéré et les mêmes plumes impertinentes. D’ici là, profitez du soleil, de la mer, de la montagne ou tout simplement d’un bon moment en famille. Déconnectez… autant que possible. L’actualité, elle, ne connaît malheureusement pas les congés payés. Excellentes vacances à toutes et à tous !

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