Patrimoine en péril

Directeur de la publication.

Pour celui qui traverse la plaine du Souss et les terres agricoles de  Taroudant et Chtouka Aït Baha, grands maraîchers de l’Europe,  ne manque pas d’être frappé par l’aridité des sols. Les périmètres de Sebt El Guerdane et Oulad Teima, ne sont que désolation avec  des fermes aux serres démontées.  Plusieurs années de sécheresse ont fait leur effet ravageur. Mais pas seulement. Les nappes de  la région ont été épuisées  pour cause d’une surexploitation continue depuis les années 60 . Ce pompage  sans limites ne leur a pas permis de  se renouveler. Résultat : Il faut creuser jusqu’à 200 mètres et parfois au-delà pour trouver cette ressource précieuse. Un véritable  désastre écologique et social. Ce qui n’a pas empêché  les serres du Souss d’exporter en 2023  vers les pays européens près de 5000 tonnes de tomates, essentiellement la tomate cerise. Le succès économique de cette agriculture véritablement minière- car basée sur le pompage des aquifères- a un coût social et environnemental très lourd.

Une  question  qui coule de source : Un pays dans cette situation très peu envieuse, dont  les eaux de surface et souterraines ont été siphonnées  dans des proportions confinant à l’irresponsabilité, a-t-il vocation au nom de la course aux devises à rester un pays exportateur de tomates ? Peut-on continuer à s’offrir le luxe d’exporter l’eau qui manque cruellement au pays, au risque d’hypothéquer l’avenir des générations futures ? La réponse est aussi claire que l’eau de roche lorsque l’on sait que la production d’un kilo de ce produit agricole nécessite quelque 214 litres d’eau ! Un simple petit calcul  et l’on comprend vite que le prix de vente de la tomate est extrêmement modique en regard de  la valeur intrinsèque de l’eau. Juteuses pour leurs bénéficiaires mais porteuses de multiples dangers, ces cultures aquavores -les autorités se sont longtemps accommodées de la culture de la pastèque très consommatrice d’eau implantées dans des zones arides à Zagora et Tata- interrogent profondément le modèle agricole national qu’il est urgent de repenser, à la lumière du défi climatique dont nous subissons de plus en plus les conséquences. 

Un pays dans cette situation très peu envieuse, dont les eaux de surface et souterraines ont été siphonnées  dans des proportions confinant à l’irresponsabilité, a-t-il vocation au nom de la course aux devises à rester un pays exportateur de tomates ?

La faiblesse des précipitations fait craindre aussi du fait de la rareté du pâturage une catastrophe pour l’élevage. La flambée au-delà du supportable des  prix des viandes rouges et ceux  des moutons  à l’occasion de la fête du sacrifice sont intimement liés à cette situation. Alors que l’eau est au cœur de tous les enjeux puisqu’elle  agrège toutes les questions en relation avec le développement et à l’environnement, certains se complaisent à objecter  que la solution au stress hydrique  réside dans la construction de stations de dessalement, à l’image de celle de Chtouka Ait Baha. Mais celle-ci permet de maintenir en activité juste quelques grosses exploitations, nationales et françaises,  proches du littoral, qui achètent au demeurant leur eau dessalée au prix fort de 5,40 DH le mètre cube ! A ce tarif-là, ce fruit rouge n’est pas compétitif  pour ces cultivateurs qui se rabattent du coup sur la tomate cerise vendue 5 ou 6 fois plus cher.  Quid des  agriculteurs, moyens et petits,  dont les parcelles de terre, sont situés loin des côtes ? Quid des petits fellahs situés dans les zones bour du Maroc profond  et qui comptent sur  la pluie pour nourrir leur famille ?    

Quid aussi des palmeraies  qui se meurent en silence du grand sud (Ouarzazate, Zagora, Tata, Erfoud, Tafilalet,   et Errachidia…) ?  En empruntant  la route des oasis très prisée par les touristes, un spectacle  douloureux  s’impose au regard : la dégradation avancée de ce patrimoine ancestral inestimable.  La sécheresse est visible partout dans les paysages. Palmiers-dattiers aux palmes jaunies, stipes  dénudées, sols fissurés, fleuves et cours d’eau asséchés et montagnes sans couvert végétal… C’est un crève-cœur de voir autant de dégâts.

Ce n’est pas seulement le bayoud, cette maladie fongique rongeant  historiquement  les palmiers qui menace la phoeniciculture. Depuis quelques années, les palmeraies sont également  dévorées  par  le feu en raison des chaleurs caniculaires. Des sinistres qui  privent les braves habitants de ces contrées oubliées  de leur principal  moyen de subsistance que sont les dattes. Mais qui s’en soucie vraiment ? En l’absence d’un véritable programme de protection de ces écosystèmes fragiles (au cours du siècle dernier, le Maroc a déjà perdu les deux tiers de ses 14 millions de palmiers, selon des chiffres officiels), les oasis du grand sud marocain  sont menacées par l’extinction pure et simple. Pour des lieux fascinants, véritable trésor qui recèle une grande biodiversité et abritent un patrimoine architectural et culturel exceptionnel, le silence des pouvoirs publics qui ne date pas d’hier est incompréhensible. Mais la visite de deux jours (jeudi 27 et vendredi 28 juin) du chef du gouvernement Aziz Akhannouch, accompagné d’une forte délégation ministérielle, dans la province de Tata où il a lancé une série de projets à caractère socio-économique, ouvre l’espoir pour la population locale. Brave, résiliente et travailleuse, celle-ci est déjà reconnaissante… C’est la première fois en effet qu’un Premier ministre et une partie de son gouvernement foulent le sol de cette belle région désertique de l’anti-Atlas…

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