Interrogée sur l’impact négatif du changement d’heure au Maroc, ce fameux GMT qui cristallise le mécontentent croissant de la majorité de la population, Amal El Fallah Seghrouchni a livré une réponse aussi cadrée qu’un cercueil… et aussi évasive qu’un poisson dans l’Atlantique. La ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration a ainsi rappelé que ce dossier est « encadré par des dispositions juridiques et réglementaires » — phrase magique qui signifie généralement : « On a prévu le cadre, mais pas la décision. » Elle a pris soin de souligner que le sujet ne relève ni d’une décision sectorielle isolée ni d’une simple mesure ponctuelle. Autrement dit : « Ne cherchez pas un coupable unique, et surtout, n’attendez pas de moi une réponse claire. »
S’exprimant lundi 20 avril lors de la séance hebdomadaire des questions orales à la Chambre des représentants, elle a insisté sur la complexité du sujet, évoquant une évaluation fondée sur « plusieurs paramètres » nécessitant une approche « globale et responsable ». Une formule suffisamment large pour englober à peu près toutes les options… sans en trancher aucune. Entre impératifs économiques et attentes citoyennes, le gouvernement semble surtout chercher le bon fuseau… politique. Et la ministre, elle, cherche visiblement le bon sens de la tangente. La ministre a néanmoins reconnu que la question touche directement le quotidien des Marocains — familles, écoles, administrations, entreprises — sans pour autant indiquer si des ajustements concrets étaient à l’étude. À la place, elle a sorti l’artillerie lourde du langage officiel : « démarche participative », « sérieux», « respect des institutions », « intérêt général ».
Un registre désormais aussi prévisible qu’un coucher de soleil, où la méthode tient lieu de réponse… et l’absence de décision, de conclusion. Côté mesures, le gouvernement met en avant quelques ajustements déjà connus (et déjà insuffisants) : adaptation des horaires dans la fonction publique, aménagements du temps scolaire selon les territoires, coordination entre départements. Des correctifs techniques qui, s’ils atténuent certains effets, ne répondent pas à la question de fond : faut-il maintenir GMT+1 ou le revoir ? Mais poser la question, c’est déjà risquer d’y répondre. Alors on ne la pose pas.
Au final, derrière une intervention dense en principes creux et en précautions oratoires, le sentiment persiste que l’horloge gouvernementale tourne… mais sans jamais donner l’heure exacte. Une ministre de la Transition numérique qui ne sait pas dire l’heure à ses concitoyens, voilà une belle métaphore. Et la preuve que la langue de bois est la seule boussole de l’exécutif.








