Devant le United States Congress, Donald Trump a signé un discours-fleuve, battant un record de durée et, au passage, celui de la résistance de son auditoire. Économie triomphante, frontières infranchissables et grandeur retrouvée : tout y était — sauf peut-être un bouton “pause”.
Laila Lamrani
Au départ, c’était un discours sur l’état de l’Union. À l’arrivée, un test d’endurance nationale. Le 24 février, devant un United States Congress stoïque, Donald Trump a livré un discours présenté comme le plus long de l’exercice. Un format géant, quelque part entre la masterclass politique et le marathon sans ravitaillement.
L’Amérique, encore et toujours “plus grande”
Sur le fond, rien n’a été laissé au hasard — ni au chronomètre. Économie florissante (selon l’orateur), frontières à verrouiller, industrie à rapatrier, puissance militaire à muscler : l’Amérique va bien, et si elle ne va pas bien, elle ira mieux. Très bientôt. Probablement dès le paragraphe suivant. Les chiffres ont plu comme des confettis un soir d’élection : croissance exceptionnelle, emplois par millions, optimisme stratosphérique. À un moment, on a presque craint l’apparition d’un graphique géant déroulé sur toute la travée centrale.
Immigration, sécurité, grandeur retrouvée
L’immigration ? Sujet central, évidemment. Ton ferme, promesses plus fermes encore. Le mur n’est plus seulement un mur, c’est un symbole, une métaphore, presque un personnage secondaire du discours. La sécurité nationale, elle, a eu droit à son chapitre épique: armée forte, adversaires prévenus, leadership incontesté. À force d’assurance, même les micros semblaient se tenir plus droits.
Économie : superlatifs en promotion
L’économie a été décrite comme un feu d’artifice permanent : industrie relancée, entreprises conquérantes, marchés confiants. Si l’optimisme se cotait en bourse, il aurait atteint des sommets historiques avant la fin de la deuxième heure. Car oui, il y a eu une deuxième heure. Et peut-être une troisième. À ce stade, certains élus consultaient leur montre avec la même intensité que lors d’un vote serré. Au-delà du contenu, il y avait la mise en scène : applaudissements nourris d’un côté, mines fermées de l’autre, regards caméra millimétrés. Chaque phrase semblait calibrée pour devenir un extrait viral.
Et puis il y avait le rythme. Ou plutôt l’endurance. Ce n’était plus un discours, c’était une série limitée sans limite. On attendait presque un générique de fin avec “À suivre…”. En politique, la longueur est parfois un message en soi : occuper l’espace, saturer le débat, imprimer sa cadence. Mission accomplie. Le Congrès a tenu bon, la télévision aussi, et l’Histoire retiendra peut-être moins les minutes exactes que l’image d’un président décidé à ne pas céder le micro. Moralité ? L’état de l’Union était peut-être bon. L’état des horloges, lui, a été sérieusement mis à l’épreuve.








