Face aux critiques qui commencent à prendre de l’ampleur, la direction générale de l’OFPPT dégaine son narratif préféré: celui d’une “transformation” censée tout expliquer, tout justifier, et surtout ne rien assumer. Décryptage.
Ahmed Zoubaïr
Face aux accusations de la FNFP-UMT, qui dénonce une vague de sanctions et de mutations dignes d’une série sud-coréenne, la direction générale de l’OFPPT a daigné sortir de son mutisme. Et quel argument sort-elle de son chapeau magique ? La « transformation globale entamée en 2018 ». Parce qu’évidemment, quand on transforme tout, on peut tout se permettre. Même l’absurde.
Dans son communiqué aussi convaincant qu’un paratonnerre en chocolat, la direction générale nous ressort le grand classique du management 2.0 : la « transformation stratégique ». Un terme fourre-tout qui, à force d’être promené dans tous les couloirs, finit par justifier un licenciement, une mutation punitive ou une suspension.
Licenciements ? Non, non, « ajustements ». Suspensions ? De simples « mesures disciplinaires », mon bon monsieur. Mutations vengeances ? Que nenni, « réorientation des priorités ». Le tout enrobé dans une langue technocratique où l’on parle « feuille de route », « vision fédératrice » et « phase de consolidation ». On en pleurerait… de rire.
Selon Loubna Tricha, quatre cadres auraient été remerciés pour « insuffisance de performance », quelques départs à la retraite auraient « fluidifié l’organigramme », et le reste relèverait d’une noble quête d’excellence. Rideau, applaudissements, tout le monde rentre chez soi. Sauf que…La face B du management selon OFPPT : quand la réalité dépasse la telenovela Contrairement aux élucubrations autojustificatrices de la patronne, la plupart des « réformes » en cours relèvent davantage d’une revanche personnelle que d’un quelconque génie managérial. Petit florilège, sans prétention d’exhaustivité, de ce beau chaos.
Première affaire : une responsable administrative est convoquée devant un conseil de discipline, traînée comme une criminelle. La police s’en mêle. Motif ? Elle a refusé de donner son téléphone personnel à la directrice générale, qui n’a manifestement jamais entendu parler de ce truc bizarre qu’on appelle la vie privée. Ça s’appelle du management ? Non, du voyeurisme administratif.
Deuxième scène, digne d’une telenovela vénézuélienne : un employé, proche du cabinet, est viré pour avoir eu l’audace d’appeler un médecin quand sa boss a fait une crise d’hystérie lors d’une visite à Fès. Gifles, vêtements déchirés, insultes en tout genre – le grand chelem de l’autoflagellation, raconté en exclusivité par Le Canard, sans démenti. Nous ne sommes plus dans une institution publique, mais dans un club des cerveaux en roue libre. Le comble ? L’incident serait né d’un simple malentendu logistique. Résultat : une responsable mutée, un directeur régional rétrogradé en formateur à Errachidia. Promotion version kafkaïenne.

Le plus croustillant c’est que cette crise d’hystérie qui en dit long sur son état serait partie du fait qu’elle n’a pas trouvé le directeur régional dans son bureau… alors qu’elle était avec lui à l’hôtel, et que c’est elle-même qui lui avait fixé rendez-vous. Arrivée trop tôt, elle explose.
La pauvre chef de logistique lui ouvre gentiment un bureau pour qu’elle se repose ? Insultée. Et pour la remercier, elle se fait muter, tout comme le directeur régional… à Errachidia, comme « formateurs ». Magnifique sens de la promotion. Troisième acte : la directrice par intérim des systèmes d’information est révoquée, traînée devant le conseil disciplinaire, suspendue. Son crime ? Avoir refusé d’obéir aux instructions de la directrice générale. Aucune preuve de faute, juste un petit caprice d’autorité. Ça s’appelle gérer ? On appelle ça plutôt sévir . Quatrième fait, plus sombre: le directeur des achats et de la logistique, actuellement en arrêt maladie, fait des malaises à répétition à cause des traitements subis. Un autre cadre de sa direction a tenté de se suicider, certificat médical de psychiatre à l’appui. Mais tout va bien, bien sûr. Le directeur de la Recherche et celui de l’Afrique? Suspendus pour « mauvaise gestion » d’un dossier avec la Mauritanie. Mais rassurez-vous, tout cela s’inscrit probablement dans une “phase de consolidation”.
À cela s’ajoute une série de décisions prises au gré de l’humeur du moment : mutations incompréhensibles, sanctions improvisées, carrières bouleversées, familles angoissées. Exemple parmi d’autres : un directeur régional déplacé pour avoir participé à une réunion en l’absence de sa hiérarchie. Crime de lèse-majesté, sans doute. Exemple : le directeur régional de Casablanca est muté à Goulmima sans raison valable, sinon d’avoir participé à une réunion avec le ministre de tutelle pendant que sa supérieure était en congé. La punition? Mutation lui et sa collègue à Ibn Ahmed, comme « orientatrice ». Bref, les cadres commencent à flipper sévère. Le risque d’effondrement interne n’est plus une hypothèse, c’est une certitude. Décisions arbitraires, humeurs variables, injures graves…
On n’est plus dans le management, on est dans la tyrannie de bas étage. Ces messieurs-dames en appellent à une intervention au plus haut sommet de l’État. Parce que le ministre de tutelle n’a aucune autorité sur elle – sa nomination ne relevant pas du gouvernement. Et le dernier rapport de la Cour des comptes a déjà pointé plusieurs insuffisances et dysfonctionnements . dans ses rapports. Coïncidence, évidemment. Le narratif de la direction générale , où elle se présente en chevalier blanc luttant contre les dérives, releve d’un exercice de désinformation dont l’objectif est détourner l’attention pour mieux redéfinir la réalité. La réalité, moins glamour, est la suivante : elle a passé des années loin de la gestion effective, préférant résider à l’Institut national du cheval à Rabat, vaquant à ses loisirs et à sa petite vie douillette, entourée d’une cour de flatteurs intéressés qui lui ont fait croire que tout roulait. Mais il est toujours plus facile de chercher des boucs émissaires que de se regarder dans un miroir.








