Un supermarché ? Avalé. Une chaîne de café ? Gobé. Un média ? Ingurgité. Un magasin de bricolage ? Déglutition express. Moncef Belkhayat ne construit pas un groupe : il passe l’aspirateur sur tout ce qui dépasse. Reste à savoir si un jour, le tuyau finira par se boucher.
Laila Lamrani
Certains collectionnent les timbres. D’autres, les montres de luxe ou les voitures de sport. Et puis il y a Moncef Belkhayat, alias « Khoukoum Moncef » pour les intimes au temps des élections, qui a trouvé une passion bien plus dévorante : racheter tout ce qui bouge, tout ce qui dépasse. Succursales, supermarchés, bricolage, logistique, médias, coffee shops… À ce rythme, il ne manque plus qu’une OPA sur la météo nationale pour que le portefeuille soit complet. « Aujourd’hui soleil sur Casablanca, après la pub : rachat des nuages par H&S. »
Stratégie industrielle ou fringale chronique ?
Officiellement, tout est nickel . Le patron du groupe H&S parle de « business units », de « synergies », de «chaîne de valeur intégrée » – un vocabulaire si propre qu’on le servirait volontiers en salade. Dans les faits, cela ressemble à une partie de Monopoly grandeur nature, où le joueur refuse de passer son tour. Dernier coup en date : le rachat de Dahab Coffee et ses cent points de vente, histoire d’arroser le pôle retail. Avant cela, Mr Bricolage Maroc est passé dans l’escarcelle. Et en toile de fond, des ambitions dans la grande distribution (Franprix, Monoprix) avec un objectif de plus de deux cents magasins. À ce stade, ce n’est plus de la diversification. C’est une collection. Une collectionnite aiguë.
Le syndrome du « pourquoi pas ? »
Une chaîne de café ? Pourquoi pas. Du bricolage? Pourquoi pas. De la logistique, de la fintech, des médias, de l’immobilier ? Pourquoi pas, tant qu’on y est. Le problème n’est pas la variété – elle a du charme – c’est le rythme d’un sprinteur qui ferait un malaise. Pendant que d’autres entrepreneurs prennent le temps de digérer une acquisition, Belkhayat enchaîne : levées de fonds, objectif de dix milliards de dirhams de chiffre d’affaires, six introductions en bourse dans le viseur. On n’est plus dans la croissance. On est dans la boulimie d’affaires, avec supplément frénésie.
Groupe structuré ou bazar intelligent ?
Sur le papier, tout s’imbrique comme un Lego bien né : distribution, logistique, retail, médias… une belle machine intégrée, huilée, pensée pour contrôler toute la chaîne. Vu de l’extérieur, pourtant, l’image ressemble parfois à un bazar où l’on vendrait du café à côté de visseuses et de tapis, des magazines à côté de tournevis . Un coffee shop ici, un magasin de bricolage là, une plateforme logistique ailleurs…

À force d’assembler des pièces, une question s’impose d’emblée : assiste-t-on à une vision industrielle ou à une accumulation opportuniste ? Il faut dire que le terrain s’y prête : un marché national en pleine mutation, des secteurs fragmentés comme du papier mâché, des opportunités partout, et une consommation qui croît. Dans ce décor, Belkhayat avance en joueur offensif : il identifie, rachète, intègre – et passe au coup suivant, ce fameux « Hamza » qui semble être la version économique du « encore ! ». Un peu comme si le mot « non » avait pris une retraite anticipée.
Entre admiration et perplexité
Forcément, ça intrigue. D’un côté, une ambition rare, une capacité d’exécution qui claque, une volonté affichée de bâtir un champion national. De l’autre, un rythme effréné, une diversification tous azimuts et un léger parfum de fuite en avant. Bilan : un capitalisme version buffet à volonté, où l’on remplit son assiette sans trop savoir si l’estomac suivra.
Mais d’où viennent tous ces fonds ?
Au fond, une question flotte dans l’air, insistante, presque impertinente: avec quoi paie-t-on tout ça? Car racheter des enseignes à la chaîne, déployer des réseaux, investir dans des secteurs qui ne se ressemblent même pas… cela suppose des moyens considérables. Très considérables. Officiellement, tout est carré : levées de fonds, partenaires financiers, recours au marché. Le discours est rodé, les slides PowerPoint sont impeccables, et la mécanique semble bien huilée. Mais pour l’observateur un brin cynique, un mystère persiste. Non pas sur la légalité – on ne sous-entend rien, merci – mais sur la vitesse et l’ampleur des ressources mobilisées. Une accélération permanente qui donne le sentiment que la machine avance plus vite que les explications.
Dans un écosystème où beaucoup d’entrepreneurs peinent à financer un seul projet, voir un acteur multiplier les acquisitions à ce rythme suscite forcément des interrogations. Alors oui, le capitalisme moderne fonctionne à crédit, à levier, à partenariat. Mais ici, la cadence interroge autant qu’elle fascine. Au fond, ce n’est pas tant l’argent qui surprend… c’est la quantité, la rapidité… et cet appétit de compétiteur affamé.
Conclusion : empire ou indigestion ?
Moncef Belkhayat incarne peut-être une nouvelle génération d’hommes d’affaires marocains : décomplexés, rapides, agressifs… et parfois insatiables. Reste à savoir si cette stratégie finira en empire structuré ou en crise de foie économique. Car à force de vouloir tout racheter, une question persiste, plus gênante qu’un vertige après un buffet trop copieux : et si, à la fin, le vrai défi n’était pas d’acheter… mais de digérer?
Mais d’où viennent tous ces fonds ?
À ce stade, une question commence à flotter dans l’air, insistante, presque impertinente :mais d’où proviennent tous ces fonds ?
Car racheter des enseignes à la chaîne, déployer des réseaux, investir simultanément dans plusieurs secteurs… cela suppose des moyens considérables. Très considérables.
Officiellement, tout est carré : levées de fonds, partenaires financiers, structuration en pôles, recours au marché. Le discours est rodé, les slides sont propres, et la mécanique semble bien huilée.
Mais pour l’observateur averti , une forme de mystère persiste. Non pas forcément sur la légalité — encore heureux — mais sur la vitesse et l’ampleur des ressources mobilisées. Une sorte d’accélération permanente qui donne le sentiment que la machine avance plus vite que les explications.
Dans un écosystème où beaucoup d’entrepreneurs peinent à financer un seul projet, voir un acteur multiplier les acquisitions à un tel rythme ne peut que susciter curiosité… et interrogations.
Alors oui, le capitalisme moderne fonctionne à crédit, à levier, à partenariat. Mais ici, la cadence interroge autant qu’elle fascine.
Au fond, ce n’est pas tant l’argent qui surprend…c’est la quantité, la rapidité… et l’appétit.








