Après le foot-business, voici le foot en actions…!
Il fallait bien que cela arrive. Après avoir transformé le football en spectacle permanent, les joueurs en actifs financiers et les supporters en consommateurs captifs, la FIFA semble vouloir passer à la vitesse supérieure : vendre la Coupe du Monde… par tranches.
Gianni Infantino n’agit pas seulement plus en patron du football mondial ; il donne parfois l’impression de diriger une banque d’affaires. Sa dernière trouvaille ? Créer une société commerciale regroupant les droits de la Coupe du Monde et du Mondial des clubs, avant d’en céder jusqu’à 30 % à des investisseurs privés. En langage footballistique, cela s’appelle une passe. En jargon financier, une ouverture de capital.
L’opération est évaluée à plusieurs milliards de dollars. À ce niveau-là, il ne s’agit plus de ballon rond mais de portefeuille bien garni. Le trophée le plus prestigieux de la planète deviendrait ainsi un actif dont on calcule la rentabilité, pendant que les supporters continuent naïvement de croire qu’il est encore question de passion.
Et comme dans toute bonne série américaine, le casting est à la hauteur des enjeux . Parmi les investisseurs évoqués figure un groupe conduit par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump…Décidément, le football mondial ressemble de moins en moins à un terrain gazonné et de plus en plus à un conseil d’administration où se croisent milliardaires, banquiers et stratèges de l’influence.
À Nyon, la pilule est mal passée. L’UEFA, habituée à défendre jalousement son pré carré, a découvert le projet en lisant la presse. Une délicatesse diplomatique qui rappelle ces mariages où l’on apprend son propre divorce sur les réseaux sociaux.
La réaction ne s’est pas fait attendre. Réunion de crise, communiqué musclé et préparation de la riposte. Car derrière les discours sur la gouvernance se cache une réalité beaucoup moins reluisante : il ne s’agit pas d’une bataille d’idées, mais d’une guerre de pouvoir. Le roi du football mondial est peut-être en train de découvrir que son trône n’est pas aussi solide qu’il le croyait.
L’Europe, principal acteur du foot mondial, possède encore une arme redoutable : ses sélections. En 2021, la simple menace d’un boycott avait suffi à enterrer le projet d’une Coupe du Monde organisée tous les deux ans. Aujourd’hui, certains évoquent déjà un scénario similaire autour du Mondial féminin. Autrement dit, l’UEFA rappelle à la FIFA qu’un spectacle sans les principales nations européennes ressemble à un blockbuster sans acteurs principaux.
Pendant ce temps, le Mondial 2030, que le Maroc organisera avec l’Espagne et le Portugal, observe ce bras de fer à distance. Car personne n’a intérêt à transformer cette fête planétaire en champ de bataille financier.
Au fond, la vraie question est ailleurs. Jusqu’où ira la marchandisation du football ? Après les stades rebaptisés, les compétitions sponsorisées, les calendriers saturés et les diffuseurs qui décident des horaires, faudra-t-il bientôt consulter la Bourse avant de connaître le vainqueur de la Coupe du Monde ?








