Discours du Trône 2026 : Mohammed VI appelle le secteur financier à devenir le moteur du Maroc émergent

Pour le souverain, le Maroc  se trouve aujourd’hui à une étape-charnière de son processus de développement.

Au-delà du bilan des réalisations économiques et sociales du Royaume, le discours du Trône les nouveaux défis de l’économie nationale. 

Le discours prononcé par le Roi Mohammed VI à l’occasion du 27e anniversaire de son intronisation mercredi 29 juillet marque une nouvelle étape dans la vision stratégique du Royaume. Après avoir dressé le bilan encourageant de près de trois décennies de transformations institutionnelles, économiques et sociales, le Souverain adresse un message particulièrement fort au secteur financier national, appelé à sortir d’une logique d’accompagnement pour devenir un véritable acteur de la transformation économique.

Ce passage du discours constitue sans doute l’un des tournants moments forts de l’allocution royale. Car si les précédentes années ont été consacrées à la construction des infrastructures, à l’industrialisation, au développement des grands secteurs exportateurs et à l’amélioration de l’attractivité du Royaume, le souverain estime  que le principal défi réside aujourd’hui dans le financement de cette nouvelle phase de croissance.

Le constat royal est sans ambiguïté : « la dynamique de transformation économique et sociale exige la mobilisation de ressources financières d’une envergure inédite ». Cette affirmation traduit la prise de conscience que les ambitions du Maroc – industrialisation avancée, transition énergétique, hydrogène vert, souveraineté industrielle, généralisation de la protection sociale, infrastructures liées à la Coupe du monde 2030 ou encore développement territorial – nécessitent des volumes d’investissements jamais atteints auparavant.

Le Roi fixe également une orientation claire : ces ressources devront provenir en priorité de financements domestiques. Derrière cette formule se dessine une volonté de renforcer l’autonomie financière du Royaume et de réduire sa dépendance aux financements extérieurs, dans un contexte international marqué par la montée des tensions géopolitiques, du protectionnisme et de l’incertitude économique.

Le message royal adressé aux banques, aux investisseurs institutionnels, aux compagnies d’assurance et à l’ensemble des acteurs financiers est explicite. Le Souverain les exhorte à accompagner davantage les investissements stratégiques ; faciliter l’accès au financement des PME ; soutenir l’innovation technologique ; financer l’industrialisation ; renforcer les entreprises exportatrices ; développer des solutions de financement non bancaires ; mieux mobiliser l’épargne nationale ; et redynamiser les marchés financiers.

Il ne s’agit pas simplement de distribuer du crédit, mais de bâtir un véritable écosystème financier capable d’alimenter durablement la croissance en montrant « plus ouvert et plus novateur ». Ce qui signifie que les mécanismes traditionnels de financement ne suffisent plus. Le Royaume aura donc besoin de développer davantage le capital-investissement, les fonds spécialisés, les émissions obligataires, le financement participatif, les marchés de capitaux, les instruments verts ou encore les véhicules destinés au financement de l’innovation. Autrement dit, le Roi Mohammed VI  appelle à une modernisation profonde de l’intermédiation financière afin que celle-ci accompagne la montée en gamme de l’économie nationale. 

Les PME au cœur du nouveau modèle

Le Roi Mohammed VI a  insisté également sur la nécessité d’élargir qualitativement l’accès au financement des petites et moyennes entreprises. Ce choix est particulièrement significatif. Depuis plusieurs années, les PME demeurent en effet confrontées à des difficultés persistantes d’accès au crédit malgré les différents mécanismes publics de garantie. Le Roi rappelle implicitement que l’émergence industrielle ne pourra être durable si elle ne repose que sur les grands groupes.

La création d’emplois, l’innovation, l’exportation et la montée en compétitivité passent aussi par un tissu solide de PME capables d’accéder aux financements nécessaires à leur développement. L’autre enseignement majeur concerne le tourisme. Après avoir salué la performance historique de près de 20 millions de visiteurs en 2025, le discours royal ne s’arrête pas au seul record statistique. En appelant le secteur financier à accompagner davantage les investissements productifs, le Roi ouvre également une nouvelle perspective pour le tourisme. Le secteur devra désormais entrer dans une logique d’investissements plus ambitieux : montée en gamme des infrastructures, développement de nouveaux produits touristiques, digitalisation, tourisme durable, valorisation des territoires, amélioration de l’expérience client, renforcement de l’offre de loisirs et soutien aux PME touristiques.

Autrement dit, après avoir réussi le pari de l’attractivité, le défi consiste aujourd’hui  à transformer les performances en création durable de valeur, d’emplois et de recettes.

Le Maroc ne cherche plus uniquement à attirer les investissements étrangers ; il ambitionne désormais de mobiliser davantage ses propres ressources, son épargne, ses institutions financières et son capital privé pour financer son développement. Cette orientation traduit une confiance nouvelle dans la maturité de l’économie nationale. Après avoir bâti des infrastructures modernes, développé des filières industrielles de rang mondial, consolidé sa stabilité institutionnelle et renforcé son attractivité, le Royaume entend désormais faire de son système financier l’un des principaux leviers de sa souveraineté économique.

Une feuille de route pour la prochaine décennie

À travers cette exhortation, Mohammed VI  établit en réalité une feuille de route pour l’ensemble de l’écosystème financier. La vision royale est claire : la prochaine étape du Maroc émergent ne dépendra plus seulement de la qualité des projets ou de la vision stratégique de l’État, mais aussi de la capacité du système financier à mobiliser l’épargne, à financer l’innovation, à soutenir les entreprises et à transformer les ambitions économiques en réalisations concrètes.

En plaçant le financement au cœur de son discours du Trône, le Roi fait du secteur financier un partenaire stratégique de la souveraineté économique nationale. L’objectif n’est plus uniquement de financer la croissance, mais d’en devenir l’un des principaux moteurs.

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