Législatives du 23 septembre : Qui conduira “le gouvernement du mondial 2030 “ ?

Le scrutin du 23 septembre ne désignera pas seulement une majorité parlementaire. Il déterminera le visage politique du Maroc jusqu’en 2031.

Le véritable enjeu des législatives du 23 septembre ne réside peut-être pas seulement dans le nombre de sièges remportés par chaque parti, mais dans le choix de celui qui succédera au Chef du gouvernement sortant. Or, à ce stade, aucun prétendant ne semble s’imposer avec évidence.

JAMIL MANAR

Le 23 septembre prochain, les Marocains seront appelés aux urnes pour renouveler les 395 sièges de la Chambre des représentants. Au-delà de la bataille des partis, le véritable enjeu est ailleurs : qui sera appelé à succéder au RNI Aziz Akhannouch à la tête du gouvernement ? Une question qui domine déjà les états-majors politiques, alors que le calendrier électoral est désormais fixé et que la campagne officielle s’ouvrira le 10 septembre. 

En théorie, la Constitution est claire : le Roi nomme le Chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections. En pratique, encore faut-il que ce parti dispose d’un leader capable de rassembler une majorité, de dialoguer avec les institutions, de conduire les réformes et d’incarner une vision crédible pour les cinq prochaines années.

C’est précisément là que le bât blesse. À quelques semaines du scrutin, le débat politique semble davantage tourner autour des alliances, des têtes de liste qu’il faut ou à débaucher, des petits calculs électoraux et des stratégies de circonscriptions que des personnalités appelées à diriger l’exécutif. Les partis disposent certainement de bons éléments mais rares sont ceux qui apparaissent naturellement comme des chefs de gouvernement en puissance. Une page semble définitivement tournée par rapport aux grands rendez-vous politiques d’autrefois où certaines figures imposaient leur stature bien avant le scrutin. Aujourd’hui, le paysage semble dégarni, donnant l’impression d’une crise de leadership. Les bons candidats ne courent décidément pas les rues. Le prochain Chef du gouvernement aura du pain sur la planche puisqu’il héritera d’un contexte particulièrement difficile avec des dossiers complexes. Il devra poursuivre les grands chantiers de l’État social, lutter contre la vie chère, accélérer la généralisation de la protection sociale, relever le défi du stress hydrique, accompagner la transformation énergétique, préparer la Coupe du monde 2030, renforcer l’attractivité économique du Royaume et répondre aux attentes d’une jeunesse de plus en plus exigeante. À cela s’ajoute une conjoncture internationale instable, où les crises géopolitiques, les tensions commerciales et les mutations technologiques imposent un pilotage solide. Autant dire que la fonction exige bien davantage qu’un bon communicant ou un excellent organisateur de campagne.

Le Maroc regorge de compétences dans l’entreprise, la haute administration, les universités ou les métiers de l’innovation. Pourtant, ces profils franchissent rarement le pas de l’engagement partisan à cause de l’absence d’attractivité de partis frappés de discrédit. Résultat : La politique peine à attirer les compétences, surtout que les appareils privilégient souvent les fidélités internes, les notabilités ou les logiques de clans, au détriment de la compétence et du renouvellement des élites. C’est pour cela que les mêmes figures reviennent d’échéance en échéance, pendant que nombre de profils prometteurs préfèrent rester à l’écart d’un univers jugé peu attractif, voire repoussant plombé par les scandales liés à la prévarication. 

Confiance

Le scrutin du 23 septembre ne désignera pas seulement une majorité parlementaire. Il déterminera le visage politique du Maroc jusqu’en 2031, une période décisive qui mènera le Royaume vers la Coupe du monde 2030 et la poursuite de ses grands chantiers stratégiques. tout en abordant de front avec des mesures fortes et audacieuses la problématique de la vie chère qui menace sérieusement la cohésion sociale. Les électeurs ne choisiront donc pas uniquement un parti ; ils chercheront aussi une personnalité capable d’inspirer confiance, de fédérer les compétences et de transformer les ambitions en résultats. Au fond, la véritable question de cette campagne n’est peut-être pas de savoir quel parti arrivera en tête.Elle est de savoir si le Maroc dispose aujourd’hui de la femme ou de l’homme d’État capable de prendre le relais d’Aziz Akhannouch.

Pendant des mois, son nom n’était qu’une rumeur persistante des coulisses politiques. Désormais, selon une source du Parti Authenticité et Modernité (PAM), Fouzi Lekjaa a décidé de franchir le pas en rejoignant officiellement le parti du tracteur et de briguer un siège de député dans son fief de Berkane lors des élections législatives du 23 septembre. La présence de Fouzi Lekjaa à la 33ᵉ session du Conseil national du Parti Authenticité et Modernité (PAM), organisée samedi 25 juillet au Palais des Congrès de Salé, à moins de deux mois des élections législatives du 23 septembre, confirme les informations faisant état de son rapprochement avec le parti. Le ministre délégué au Budget, dont une source interne au PAM avait précédemment annoncé l’adhésion en cours, apparaît désormais au grand jour aux côtés des dirigeants de la formation.

Si cette candidature est confirmée lors de la publication des listes officielles, elle constituera sans doute l’un des événements politiques majeurs de cette rentrée électorale. Ministre délégué chargé du Budget, président de la Fédération royale marocaine de football et figure centrale de plusieurs grands projets stratégiques du Royaume, Lekjaa ferait ainsi son entrée dans l’arène électorale après une carrière essentiellement construite au sein de la haute administration.

Son profil demeure atypique dans le paysage partisan. Haut fonctionnaire reconnu, négociateur chevronné et gestionnaire associé aux grands chantiers économiques et sportifs du Royaume, il bénéficie d’une crédibilité qui dépasse largement les frontières de son nouveau parti. À l’approche de la Coupe du monde 2030, beaucoup voient en lui l’un des rares responsables disposant à la fois de l’expérience de l’État, d’une forte capacité de gestion et d’un capital de confiance auprès de l’opinion. Son arrivée au PAM relance naturellement les spéculations sur l’après-Akhannouch. Si le parti venait à sortir vainqueur du scrutin du 23 septembre, nombreux sont désormais ceux qui voient en Fouzi Lekjaa l’un des candidats les plus sérieux pour conduire ce qui est déjà surnommé “le gouvernement du Mondial 2030”.

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