Le Proche-Orient est en train de transformer ses grands passages maritimes en véritables robinets géopolitiques. Après le détroit d’Ormuz, largement paralysé par le conflit autour de l’Iran, c’est désormais Bab el-Mandeb qui se retrouve sous forte pression avec l’entrée en lice des Houthis connus poiur être infondés au régime iranien.
Laila Lamrani
La crise énergétique vient de franchir un nouveau seuil. Les Houthis ont renforcé leur emprise sur la façade yéménite de la mer Rouge et pris le contrôle de positions stratégiques autour de Bab el-Mandeb, notamment l’île de Perim et le port de Mokha. Cette progression menace directement l’un des passages maritimes les plus sensibles de la planète, à l’entrée de la mer Rouge. Le problème est d’autant plus sérieux que l’autre grande porte énergétique de la région, le détroit d’Ormuz, est déjà quasiment à l’arrêt.
Le trafic maritime y a chuté à quelques navires par jour, contre plus d’une centaine avant le conflit. Or cette voie voit normalement transiter une part considérable du pétrole et du gaz mondiaux. Comme si cela ne suffisait pas, l’Arabie saoudite vient de subir une nouvelle attaque contre son infrastructure énergétique. Son oléoduc Est-Ouest, long de quelque 1.200 kilomètres et conçu précisément pour permettre au royaume de contourner Ormuz en acheminant le brut vers la mer Rouge, a été temporairement fermé après une attaque de drones attribuée à des groupes pro-iraniens opérant depuis l’Irak. La mauvaise plaisanterie géopolitique est donc assez simple : Ormuz est bloqué, Bab el-Mandeb est menacé et le tuyau censé contourner le premier est lui-même hors service. Le pétrole cherche désormais son chemin entre les missiles, les drones et les détroits. Le marché, lui, ne s’embarrasse pas de subtilités diplomatiques. Le Brent est repassé au-dessus de 100 dollars le baril et a dépassé les 107 dollars, avec une nouvelle poussée de plus de 3 % lundi. Et la crainte porte moins aujourd’hui sur une simple flambée ponctuelle que sur la durée de la perturbation.
L’oléoduc saoudien pourrait rester largement indisponible plusieurs semaines, tandis que la circulation maritime demeure fortement perturbée dans les deux détroits. Pour les marchés, le scénario est particulièrement inquiétant : deux goulets d’étranglement stratégiques simultanément sous pression, une infrastructure alternative frappée et des efforts diplomatiques qui peinent à produire une désescalade. L’équation est explosive. Moins de pétrole disponible, davantage de risques sur les routes maritimes et des primes de risque qui s’envolent : tout concourt à faire grimper les cours. Et derrière le baril, c’est toute la chaîne économique qui menace de prendre feu : carburants, transport, alimentation, industrie et inflation.








