Sebta : Nouvelle alerte migratoire 

Plus de 3 000 personnes vivent encore dans la rue, selon les estimations du gouvernement espagnol.

À la veille des élections législatives marocaines, les réseaux sociaux sont de nouveau le théâtre d’appels à une tentative de passage irrégulier vers Sebta. Plusieurs publications et messages diffusés sur Facebook, WhatsApp et d’autres plateformes désignent le 23 septembre, jour du scrutin, comme une nouvelle date de mobilisation.

L’idée avancée par certains de ces messages est de profiter de la mobilisation des forces de sécurité marocaines autour des bureaux de vote et de la sécurisation du processus électoral pour tenter de franchir la frontière. Cette affirmation relève toutefois de la désinformation : rien ne permet d’établir que les forces de sécurité marocaines seraient moins présentes aux abords de Sebta le jour du scrutin. Le phénomène n’est pas nouveau. Depuis le début du mois d’août, des groupes WhatsApp et d’autres espaces numériques ont servi à diffuser des informations, des rumeurs, des dates et des scénarios de passage. Une enquête de VerificaRTVE portant sur plus de 12.000 messages, audios et vidéos avait déjà documenté cette circulation de contenus et le déplacement successif des dates annoncées. Une enquête de Maldita.es avait notamment relevé, dès le mois d’août, des échanges dans plusieurs groupes WhatsApp évoquant le 23 septembre comme nouvelle date possible, précisément en raison des élections législatives marocaines. 

Face à la multiplication de ces appels, les autorités espagnoles ont activé des mécanismes préventifs. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a indiqué que Madrid suivait la situation et avait demandé à Rabat de prendre les mesures préventives nécessaires. L’Espagne a également lancé une campagne de lutte contre la désinformation destinée notamment à rappeler les conséquences réelles d’une entrée irrégulière à Sebta ou Melilla. L’ambassade d’Espagne à Rabat insiste notamment sur un point : une entrée irrégulière à Sebta ou Melilla ne donne pas automatiquement accès à la péninsule espagnole, ni le droit de séjourner légalement en Espagne ou de circuler librement dans l’Union européenne. 

Cette mise au point vise à contrecarrer certaines fausses promesses véhiculées sur les réseaux. Certains groupes en ligne revendiquent plusieurs dizaines de milliers de membres. Mais ce chiffre ne signifie nullement que tous ces membres participeront à une tentative de passage. Les autorités et les médias espagnols ont également relevé que les appels actuels ne présentent pas, à ce stade, les mêmes caractéristiques que la mobilisation massive observée à la fin du mois de juillet. 

Le précédent a marqué les esprits par son ampleur et son caractère spectaculaire . Les autorités marocaines et espagnoles avaient dû faire face cet été à une importante pression migratoire autour de Sebta orchestrée via le Net par des milieux malveillants . Depuis, les appels à de nouvelles tentatives se déplacent régulièrement d’une date à l’autre, alimentés par les réseaux sociaux, les rumeurs et les informations trompeuses. Près de deux mois après l’entrée massive de migrants à Sebta fin juillet, plus de 3000 personnes vivent encore dans la rue, selon les estimations du gouvernement espagnol. Le ministre de la Politique territoriale, Ángel Víctor Torres, a indiqué le 21 septembre que plusieurs milliers de migrants, dont plusieurs centaines de mineurs, restaient sans solution d’hébergement. Madrid affirme travailler à l’ouverture de nouveaux espaces d’accueil et espère résorber progressivement la situation. Le ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska évalue pour sa part le nombre de personnes encore sans hébergement entre 3 000 et 3 500. Le gouvernement espagnol poursuit parallèlement les opérations d’identification et de prise en charge, alors que des retours volontaires vers le Maroc sont également enregistrés.

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