PLF 2027 : Fouzi Lekjaa sort l’artillerie sociale 

Fouzi Lekjaa, un début de concrétisation des promesses.

Baisse de l’impôt sur le revenu pour les salaires inférieurs à 10000 DH, hausse des aides sociales, revalorisation des pensions de retraite et prise en charge des petites factures d’électricité: le projet de loi de finances 2027 place le pouvoir d’achat au cœur de ses priorités.

Ahmed Zoubaïr

Pour Fouzi Lekjaa, ministre PAM de l’Économie, des Finances et de la Performance publique, l’enjeu consiste à traduire en mesures concrètes plusieurs engagements de campagne. Avec cette feuille de route, la promesse commence à prendre corps, même si son efficacité se mesurera avant tout à ses effets sur le quotidien des ménages.

En politique, les promesses électorales ont souvent la durée de vie d’un slogan. Une fois les urnes rangées et les gouvernements installés, elles se heurtent au mur des contraintes budgétaires, aux arbitrages administratifs et aux réalités économiques. Avec le projet de loi de finances (PLF) 2027, Fouzi Lekjaa semble vouloir prendre le contre-pied de cette tradition. Le grand argentier du Royaume place le pouvoir d’achat et la protection sociale au centre de la programmation budgétaire, en donnant une traduction financière à plusieurs engagements annoncés pendant la campagne. La démarche mérite d’être soulignée : plutôt que de se limiter à des déclarations d’intention, le gouvernement avance des mesures chiffrées, des échéances et des objectifs. Encore faut-il que ces annonces franchissent sans encombre les étapes parlementaires et réglementaires, puis se concrétisent effectivement dans le portefeuille des citoyens.

Levier du pouvoir d’achat

La réforme de l’impôt sur le revenu (IR) constitue l’une des mesures phares du dispositif. À partir de janvier 2027, le seuil annuel de revenu exonéré doit passer de 40 000 à 60 000 DH. Cette mesure, associée à la hausse de l’abattement pour frais professionnels de 25 % à 45 %, doit permettre aux salariés gagnant moins de 10 000 DH nets par mois de ne plus payer cet impôt.

L’objectif proclamé est de soulager les salariés, notamment ceux de la classe moyenne, dont les revenus sont souvent pris en étau entre les prélèvements fiscaux et la hausse du coût de la vie. Selon les projections gouvernementales, 87 % des salariés devraient bénéficier de la réforme, avec un gain pouvant avoisiner 500 DH par mois pour une partie d’entre eux. Son coût budgétaire est estimé à 5,5 milliards de DH en 2027. C’est là que Fouzi Lekjaa entend marquer des points : faire de la fiscalité un instrument de redistribution plus lisible et moins pénalisant pour les revenus du travail. La réforme doit toutefois être déployée progressivement entre 2027 et 2031, avec un élargissement de l’assiette fiscale et un renforcement de la lutte contre l’évasion. Autrement dit, alléger la pression sur les salariés sans compromettre durablement les recettes publiques.

Contrat social en chantier

Deuxième volet : le renforcement des aides sociales directes. Le montant mensuel minimal doit passer de 500 à 600 DH dans une première phase, avant une progression graduelle vers 1 000 DH. Cette première revalorisation nécessiterait une enveloppe supplémentaire de 3 milliards de DH. Le dispositif entend également améliorer le ciblage des bénéficiaires en tenant davantage compte du revenu réellement disponible des ménages. L’entrée d’un membre de la famille dans la vie active ne devrait ainsi plus entraîner automatiquement la suppression de l’aide. Une évolution importante pour éviter que l’accès à l’emploi ne se traduise paradoxalement par la perte d’un soutien social.

Les retraités et les veuves figurent également parmi les bénéficiaires annoncés. Le gouvernement prévoit de porter la pension minimale à 1 700 DH par mois en 2027, puis de la relever progressivement jusqu’à 3 000 DH à la fin de la législature. Quelque 500 000 personnes seraient concernées, dont plus de 150 000 veuves. Autre engagement notable : porter de 50 % à 100 % la part de la pension revenant aux veuves, une mesure qui devrait bénéficier à 431000 personnes. Ces revalorisations seront néanmoins soumises à une mise en œuvre progressive, tenant compte de la situation financière des différents régimes de retraite. Pour le ministre de l’Économie et des Finances, l’enjeu dépasse la simple mécanique budgétaire. Il s’agit de donner davantage de consistance à la protection sociale et de répondre à une demande pressante de justice distributive, dans un pays où les écarts de revenus et la fragilité de nombreuses pensions demeurent des préoccupations majeures.

Facture de moins

Le PLF 2027 prévoit également une mesure particulièrement concrète : la prise en charge, à partir de janvier prochain, des factures mensuelles d’électricité ne dépassant pas 100 DH. Selon les estimations avancées, quelque six millions de clients, soit près de 60% de la clientèle, pourraient en bénéficier. Le coût annuel de cette mesure est évalué à 2,8 milliards de DH. Certaines petites activités artisanales à faible consommation, notamment en milieu rural, seraient également concernées.

Cette intervention vise à alléger une dépense incompressible pour les ménages les plus modestes. Elle s’inscrit dans un effort plus large de soutien au secteur électrique : entre 2022 et 2025, les transferts de l’État à l’Office national de l’électricité et de l’eau potable ont atteint 17 milliards de DH. Un protocole de 6,5 milliards de DH a par ailleurs été mobilisé en 2026 pour contribuer au redressement financier de l’Office et accélérer ses investissements, tout en cherchant à préserver les tarifs. L’équation est délicate : protéger les consommateurs sans fragiliser davantage les finances publiques ni compromettre les investissements nécessaires au secteur.

Véritable test

Avec cet ensemble de mesures, Fouzi Lekjaa affiche une orientation qui mérite d’être soulignée. La baisse annoncée de la fiscalité sur les salaires, le renforcement des aides directes, la revalorisation des pensions et la prise en charge de certaines factures d’électricité donnent une traduction concrète à plusieurs priorités de campagne.

Chose promise, chose due ? Le PLF 2027 apporte un début de réponse, en inscrivant ces engagements dans une trajectoire budgétaire assortie de montants et d’échéances. Mais entre une mesure annoncée et un gain réellement ressenti, il existe parfois un fossé que les chiffres officiels ne suffisent pas à combler. Le véritable juge de paix restera le quotidien des Marocains : le salaire net à la fin du mois, le montant de la pension et, surtout, la capacité des ménages à remplir leur panier sans se ruiner. Car les allègements fiscaux et les aides sociales, aussi bienvenus soient-ils, ne suffiront pas à restaurer un pouvoir d’achat qui a fondu comme neige au soleil.

Il faudra, en parallèle, s’attaquer résolument à la flambée des prix des fruits et légumes et des produits de première nécessité, à travers des mesures concrètes et courageuses visant à assainir les circuits de distribution, à réduire les intermédiaires spéculatifs et à mieux réguler les marchés. Redonner du souffle aux revenus des ménages suppose autant d’augmenter ce qui entre dans leurs poches que de faire baisser ce qui en sort. C’est à cette double condition que les promesses budgétaires pourront se traduire par une amélioration tangible du quotidien des citoyens. Fouzi Lekjaa peut donc revendiquer une première avancée sur le terrain des engagements sociaux. Reste à transformer l’essai. En matière de pouvoir d’achat, la politique ne se juge pas seulement à la qualité des annonces ni à l’ampleur des enveloppes mobilisées, mais à ce qui reste effectivement dans la poche des citoyens. C’est à cette aune que le PLF 2027 sera jugé.

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