Une fillette de cinq ans a perdu la vie après une chute du quatrième étage à Hay Hassani. Son père, médecin anesthésiste séparé de la mère de l’enfant, est fortement soupçonné de l’avoir précipitée dans le vide à l’issue d’une dispute avec son ex-épouse. Retrouvé dans un état amorphe lors de l’intervention policière, il se serait muré dans le silence. Des interrogations entourent son état au moment des faits, tandis que le drame ravive le débat sur la pression psychologique qui pèse sur les professionnels de santé.
Jamil Manar
L’horreur a frappé Casablanca. Lundi 19 octobre, dans le quartier de Hay Hassani, rue Al Abtal, au lotissement Guynemer, une fillette de cinq ans a trouvé la mort après une chute du quatrième étage d’un immeuble. Un drame d’une violence inouïe qui a suscité une vive émotion et plongé le corps médical dans la stupeur et la tristesse. Dermatologue de profession, la mère de la victime est inconsolable, confrontée à une douleur irréparable. Ce drame pose une question sur la fragilité humaine, y compris chez ceux que leur métier place quotidiennement au contact de la vie et de la mort. Derrière cette tragédie, un scénario aussi glaçant que difficile à concevoir : le père de l’enfant, médecin anesthésiste séparé de son ex-épouse, est fortement soupçonné de l’avoir jetée dans le vide à l’issue d’une dispute avec la mère de la petite fille. À ce stade, les circonstances précises du drame et les responsabilités pénales restent à établir par l’enquête.
Alertés après la chute, les secours ont transporté d’urgence la fillette à l’hôpital Al Hassani. Malgré cette prise en charge, l’enfant a succombé à ses blessures, notamment à de multiples fractures et contusions. Une issue tragique qui laisse une famille endeuillée et soulève une question aussi douloureuse qu’inévitable: comment un conflit entre adultes peut-il aboutir à une issue aussi irréversible pour un enfant ?
L’intervention des forces de l’ordre dans l’appartement a ajouté une nouvelle dimension à cette affaire. Selon les éléments rapportés, le père aurait été retrouvé endormi dans sa chambre, dans un état amorphe, voire semi-conscient. Cette situation aurait suscité des interrogations sur une éventuelle prise de médicaments sédatifs ou antidépresseurs.
Mais, en l’absence de confirmation officielle, cette piste doit être maniée avec prudence . Ni la nature d’éventuelles substances absorbées, ni leur dosage, ni leur rôle dans le comportement du suspect présumé ne peuvent être tenus pour établis sur la seule base de son état apparent.
Seules les investigations, les éventuelles analyses toxicologiques et les expertises médicales pourront déterminer si une substance a effectivement été consommée et, le cas échéant, si elle a pu altérer ses facultés. Le médecin, de son côté, se serait muré dans le silence lors de ses premières auditions, laissant les enquêteurs face à de nombreuses questions.
Dans une affaire aussi grave, la prudence s’impose. L’état dans lequel une personne est découverte après les faits ne suffit pas, à lui seul, à établir son état psychique au moment du drame, encore moins à en expliquer les motivations.
Profession sous pression
L’affaire suscite également une émotion particulière dans le milieu médical. La spécialité exercée par le père présumé n’est pas facile : l’anesthésie-réanimation figure parmi les disciplines où la vigilance, la maîtrise de soi et la capacité à réagir dans l’urgence sont essentielles. Au bloc opératoire, l’anesthésiste veille en permanence aux fonctions vitales du patient, anticipe les complications et doit prendre des décisions rapides dans des situations parfois critiques.
Cette responsabilité s’accompagne d’une charge mentale considérable. Gardes prolongées, horaires décalés, fatigue, manque de sommeil, pression des urgences et poids des décisions médicales peuvent fragiliser les professionnels, notamment lorsque les contraintes du travail se conjuguent à des difficultés personnelles.
La blouse blanche ne rend pas invulnérable. Derrière la compétence technique et l’image de maîtrise attendue du médecin, il y a aussi un individu exposé au stress, à l’épuisement et aux épreuves de la vie privée. La santé psychologique des soignants mérite donc une attention réelle, loin des tabous et des injonctions à toujours tenir bon.
Pour autant, il serait hasardeux d’établir un lien direct entre les exigences de cette spécialité et le drame de Hay Hassani. Aucun élément communiqué à ce stade ne permet d’affirmer que le stress professionnel, une éventuelle détresse psychologique ou la prise de médicaments ont joué un rôle dans les faits présumés. Des milliers de médecins exercent dans des conditions très difficiles sans jamais basculer dans la violence.
Cette tragédie pose ainsi deux questions distinctes. La première relève de la justice : que s’est-il réellement passé dans cet appartement, quelles étaient les circonstances exactes de la chute et quelle est la responsabilité du père présumé ? La seconde concerne la prévention : comment mieux repérer les situations de détresse chez les professionnels soumis à une pression intense et leur permettre d’accéder à une aide adaptée, sans crainte de stigmatisation?
Ces interrogations ne doivent toutefois pas se confondre. La nécessité de mieux prendre en charge la souffrance psychologique des soignants ne saurait atténuer la gravité des faits reprochés au suspect. De même, les hypothèses relatives à d’éventuels médicaments ne peuvent se substituer à des preuves.
Au bout de cette succession de questions, une certitude demeure : une enfant de cinq ans a perdu la vie dans des circonstances effroyables. Le reste devra être établi par les enquêteurs et la justice, loin des rumeurs et des conclusions hâtives.
À Hay Hassani, le drame rappelle brutalement que la fragilité humaine ne s’arrête ni aux portes des hôpitaux ni au seuil des professions les plus prestigieuses. Mais lorsqu’une vie d’enfant est fauchée dans de telles circonstances, la compassion, la recherche de la vérité et l’établissement des responsabilités doivent rester les seules boussoles.








