Les Ouled Abdoun célèbrent le centenaire de 5ribga et de l’OCP, l’Office Chérifien des Phosphates voulu par Lyautey. ‘‘Jnaynar Lotti’’, comme le nomment affectueusement les 3abdouni, en signant le décret du 27 janvier 1920, était le seul à être conscient du caractère exceptionnel de ce ‘‘Loufisse’’. En confiant l’exploration et l’exploitation de l’OCP au seul ‘‘Magasin’’ (ma5zen), Lyautey a ainsi évité la rapacité du secteur privé. Dès juin 1921, la première cargaison de phosphates fut transportée à bord du train de Boujniba vers le port de Casablanca. La France est ruinée par la première guerre mondiale 1914-1918 et cherche, à tout prix, à se refaire une santé en vampirisant ses colonies. « Le Maroc a assez coûté. Il faut qu’il rapporte ! ». Ce sont les consignes données par le gouvernement français à Lyautey. Les politiciens parisiens l’exhortent à modifier la structure du Maroc et à adopter celle de la métropole, en d’autres termes, qu’il passe à l’administration directe et court-circuite le Magasin (Ma5zen). Lyautey s’y refuse en s’abritant derrière le traité du Protectorat.
En réponse, ses crédits sont rognés et ses décisions critiquées par les politiques parisiens. Il s’apprête à démissionner quand Abdelkrim 5atabi, en révolte depuis trois ans contre l’Espagne dans les montagnes du Rif, invite ses compatriotes à se retourner contre la France. Du coup, le gouvernement change de discours et demande à Lyautey de rester. Il accepte et défait ses bagages. L’adversaire qu’il affronte est d’une toute autre envergure que les chefs de tribus auxquels il s’est heurté jusqu’ici : il est intelligent, cultivé, et a un vrai sens politique. Lyautey est resté dans l’expectative au début du conflit. Il était surtout préoccupé d’empêcher une jonction entre les tribus qui contrôlent la frontière avec l’Algérie du côté de Taza (qu’il combat de façon discontinue depuis 1914) et les tribus rifaines. Les choses changent quand Abdelkrim 5atabi franchit la ligne rouge en contestant l’autorité du Sultan Youssef et en parlant ouvertement de le remplacer, comme Alhiba, autre postulant au sultanat dans le sud marocain, dix ans auparavant. Déjà, dans toute la zone, les 3olémas (savants de la chose religieuse) commencent à dire la prière au nom d’Abdelkrim 5atabi. Ce dernier se vante d’être à Fès le 4 juillet.
Au contraire, c’est le Sultan Youssef qui y vient et exhorte son peuple à la résistance. Lyautey constate qu’une grande partie des tribus est restée fidèle au Magasin, mais il est très fatigué car il ne dort que quatre heures par nuit depuis l’offensive de 5atabi ; il demande au gouvernement français de lui envoyer un général pour assurer la conduite des opérations sur le terrain. Lyautey souhaite ménager 5atabi, dont il reconnait la valeur. Il ne désespère pas de l’amener à la raison et la résipiscence. Il le verrait bien comme un caïd du Rif, reconnaissant l’autorité du Magasin. C’est pourquoi il ne poursuit pas l’offensive contre lui. Il veut juste continuer sa méthode : l’alternance de la diplomatie et de l’usage de la force. Militairement, il n’envisage pour l’instant que de récupérer le terrain perdu, en donnant au passage une leçon aux tribus qui ont trahi sa confiance, comme les Beni Zeroual. Attitude incompréhensible pour le gouvernement français qui veut toujours écraser l’adversaire. Il est décidé à Paris de décharger Lyautey de toute responsabilité militaire, de passer des accords avec l’Espagne pour une offensive conjointe de grande ampleur et de nommer Pétain comme commandant en chef des forces armées. Décision prise le 4 août mais tenue secrète sur le moment. Pétain, que Painlevé avait envoyé au Maroc en juillet pour une évaluation de la situation, y revient le 22 août avec cette fois les pleins pouvoirs. La guerre qu’il livre de concert avec Primo de Rivera et Franco, en alignant quelque 400 000 hommes, est conforme aux vœux des politiques : les forces de 5atabi sont écrasées sans merci et l’usage d’armes chimiques fait des ravages dans la population civile. Lors de ce conflit, du gaz moutarde a été largué par avions en 1924. Le gaz a été produit par une entreprise mise sur pied par le chimiste allemand Hugo Stoltzenberg. (A suivre)







