Éliminés en quart de finale de la Coupe du monde 2026, les Lions de l’Atlas quittent néanmoins le tournoi avec de nombreux enseignements, selon le sélectionneur Mohamed Ouahbi.
JAMIL MANAR
La défaite des Lions de l’Atlas face à la France en quart de finale de la Coupe du monde 2026 n’a pas été digéré par le public.
La déception est immense, mais elle ne doit pas masquer l’essentiel, a affirmé le sélectionneur Mohamed Ouahbi lors de sa conférence de presse mardi 14 juillet où il est largement revenu sur le parcours de ses hommes lors de ce mondial.
Malgré l’élimination aux portes du dernier carré de la Coupe du monde 2026, le Maroc quitte, selon lui, la compétition avec la conviction d’avoir franchi une nouvelle étape dans son ascension parmi les grandes nations du football. Pour le coach , ce parcours confirme que les Lions de l’Atlas disposent d’une génération capable de s’installer durablement au plus haut niveau, à condition de poursuivre les efforts engagés.
Comme au Qatar en 2022, les Lions ont rivalisé en 2026 avec les grandes nations du football. Mais, contrairement à l’épopée historique de Doha, ils se sont arrêtés cette fois en quarts de finale. Une régression sportive, certes relative, mais qui doit surtout être analysée avec lucidité. Face à la France, les Lions de l’Atlas ont affiché leurs limites offensives. Fatigués, à court d’idées et privés de solutions dans les trente derniers mètres, ils ont été muselés par une équipe de France qui a su fermer tous les espaces. L’absence de véritables joueurs de profondeur, capables de casser les lignes par leurs appels ou leurs accélérations, a cruellement pesé sur le rendement offensif marocain.
Depuis plusieurs années, le Maroc dispose d’excellents défenseurs, révèle des milieux de terrain complets et dispose de latéraux parmi les meilleurs au monde. En revanche, le chantier du poste d’avant-centre demeure ouvert. Les grandes équipes possèdent toujours un ou plusieurs attaquants capables de faire basculer une rencontre sur un geste de classe, un appel intelligent ou une frappe imparable. C’est précisément ce profil qui manque encore aux Lions de l’Atlas..
Malgré quelques réussites isolées, la Botola peine encore à jouer pleinement son rôle de vivier pour l’équipe nationale.
Le véritable défi consistant à inscrire durablement le Maroc parmi les huit, voire les quatre meilleures nations mondiales. Une ambition qui suppose une remise en question profonde et permanente. Le football est une discipline où l’immobilisme est synonyme de recul. Les autres nations progressent elles aussi.
L’une des priorités doit désormais être l’émergence d’attaquants de très haut niveau. Cela implique d’adapter la formation dès les catégories de jeunes afin de favoriser les profils créatifs, instinctifs et décisifs devant le but. Pendant longtemps, la formation moderne a privilégié l’organisation tactique et la polyvalence. Il est peut-être temps de redonner davantage de liberté aux joueurs offensifs, d’encourager le dribble, la prise de risque, l’improvisation et le sens du but.
Le travail de détection devra également s’intensifier, aussi bien au Maroc qu’au sein des communautés marocaines établies à l’étranger. Le Royaume dispose d’un vivier exceptionnel de jeunes talents évoluant dans les plus grands centres de formation européens. Encore faut-il les identifier suffisamment tôt, les convaincre du projet sportif national et leur offrir un accompagnement à la hauteur de leurs ambitions. Parallèlement, le chantier du championnat national ne peut plus être éludé. Malgré quelques réussites isolées, la Botola peine encore à jouer pleinement son rôle de vivier pour l’équipe nationale. Les joueurs du cru souffrent d’un déficit de compétitivité, conséquence d’une mauvaise gouvernance : instabilité technique, gestion financière fragile, manque de vision à long terme, faible valorisation de la formation et infrastructures inégales. Ces handicaps freinent l’éclosion de talents capables de rivaliser avec les meilleurs standards internationaux. D’où l’urgence d’engager une réforme profonde afin de rehausser le niveau du championnat, renforcer la professionnalisation des clubs et faire de la Botola un véritable pourvoyeur de joueurs de haut niveau pour le Onze national. À l’approche de la Coupe du monde 2030, le Maroc ne peut plus dépendre presque exclusivement de ses talents formés à l’étranger : son championnat doit redevenir un moteur de performance, capable de révéler des attaquants décisifs et des joueurs aptes à s’imposer au plus haut niveau.
Le défi de la gestion de l’effort
La large victoire de l’Espagne face à l’équipe de France a rappelé qu’au plus haut niveau, le football ne se résume ni à la technique ni à la tactique. Si la qualité des individualités, en défense comme en attaque, demeure essentielle, elle ne suffit plus à elle seule pour remporter les plus grandes compétitions. Le football moderne repose avant tout sur la force du collectif, la solidarité entre les lignes, l’intelligence des déplacements, la discipline tactique et la capacité de chaque joueur à se mettre au service de l’équipe. À ces qualités s’ajoute un facteur devenu déterminant : la gestion de l’effort sur l’ensemble d’un tournoi. Lors de sa conférence de presse du mardi 14 juillet, le coach Mohamed Ouahbi a abordé cet aspect décisif . À mesure que les rencontres s’enchaînent, la récupération devient presque aussi importante que la préparation elle-même, a-t-il expliqué. Préserver l’intégrité physique des joueurs, mieux répartir les temps de jeu, disposer d’un banc capable de maintenir le même niveau d’intensité et optimiser les protocoles de récupération constituent désormais des leviers incontournables pour rester performant jusqu’aux derniers tours d’une grande compétition. Surtout que la Coupe du monde 2026, disputée dans un format inédit à 48 équipes, comporte désormais un tour à élimination directe supplémentaire. Les équipes appelées à aller au bout de la compétition doivent ainsi enchaîner davantage de rencontres à très haute intensité, avec des déplacements parfois importants et des délais de récupération réduits. Dans ce contexte, la préparation physique, la récupération, la rotation intelligente de l’effectif et la profondeur du banc deviennent des éléments aussi stratégiques que les choix tactiques. L’Espagne en a offert une parfaite démonstration en affichant un collectif parfaitement rodé, un pressing constant, une grande maîtrise technique et une fraîcheur physique remarquable. Ce qui lui a permis de maintenir le même niveau d’intensité jusqu’au terme de la rencontre. À l’inverse, les Lions de l’Atlas ont laissé entrevoir certaines limites athlétiques lors de leur quart de finale face à la France, avec un manque de jus tout au long du match. Pour le Maroc, la prochaine étape consiste donc à consolider un collectif encore plus performant tout en développant une véritable culture de la gestion de l’effort. Cela passe par une meilleure rotation des joueurs, un suivi scientifique de la récupération, mais aussi par un championnat national plus compétitif et des internationaux évoluant régulièrement au plus haut niveau européen. À l’ère des Coupes du monde à 48 équipes, la fraîcheur physique n’est plus un simple atout : elle est devenue une condition indispensable pour nourrir l’ambition de soulever le trophée.








