Mondial 2026: “Le peuple veut la Coupe ! “Le rêve marocain n’a plus de limites…

Certains slogans ont le don de traverser les époques et les conjonctures en changeant juste…de terrain. Jadis cri de contestation politique, aujourd’hui refrain d’une nation en liesse, une même formule résonne désormais avec une tout autre charge émotionnelle : « Le peuple veut la Coupe ! ». Pas la coupe d’Afrique gagnée par le Maroc sur  tapis vert. Mais la coupe du monde ! 

Après l’exploit retentissant des Lions de l’Atlas face aux Pays-Bas en huitième de finale  à Monterrey lundi 29 juin, le Maroc est entré dans une nouvelle dimension. Un nouvel état d’esprit. Plus qu’une qualification historique, c’est une révolution psychologique qui s’est opérée. Le doute a cédé la  place à une conviction. L’espoir a mué en ambition. Et quelle ambition ! 

Dans les tribunes d’un stade mexicain survolté  après la séance stressante des tirs au but qui a tourné à l’avantage des Lions, des milliers de gorges ont spontanément entonné ce slogan : « Le peuple veut la Coupe!» Un slogan qui fait écho au célèbre mot d’ordre du mouvement du 20 Février : « Le peuple veut faire tomber la prévarication », le Fassad, lui-même inspiré des slogans du Printemps arabe de 2011. Quinze ans plus tard, le football s’est approprié cette formule, en la débarrassant de sa connotation politique pour lui insuffler une force populaire fédératrice.

Cette fois, le peuple ne réclame ni réforme ni changement. Il ne demande qu’une seule chose : voir les Lions de l’Atlas soulever le trophée le plus prestigieux du football mondial… Why not ? 

Ce n’est plus une revendication, c’est un songe fou. Ce n’est plus un rêve lointain, c’est un objectif tangible. Les Marocains, hier encore mesurés dans leurs espérances, s’autorisent désormais à envisager l’impossible : devenir champions du monde! Les réseaux sociaux bruissent de cet élan, vidéos, chants et simples commentaires  témoignent d’une imagination populaire qui ne connaît plus de limite. L’utopie s’est muée en projet collectif. Les Marocains ne se contentent plus d’un parcours de prestige, atteindre les demies finales (elles ont déjà été conquises au mondial qatari), ils osent désormais rêver du sacre suprême.

Force est de reconnaître que les Lions de l’Atlas ont réussi l’exploit de changer  le regard que le monde porte sur le football marocain. Et au passage changé la manière dont les Marocains se regardent eux-mêmes.  Depuis l’épopée qatarie de 2022, les coéquipiers de Mazraoui ont prouvé que leur irruption dans le gotha du foot mondial n’avait rien de l’accident de parcours. En 2026, ils confirment leur place parmi les cadors en montrant qu’ils appartiennent désormais au cercle des prétendants crédibles.

Derrière eux, un tacticien audacieux, Mohamed Wahbi. Ce dernier a trouvé la formule gagnante  : une défense de granit, une discipline tactique sans faille, une capacité à souffrir sans jamais renoncer. Le collectif qu’il a monté sait attaquer, dominer l’adversaire en se créant une foultitude d’occasions, mais aussi défendre avec intelligence. À la différence de son prédécesseur, il ne fait pas du bloc bas son principal credo ; il privilégie un jeu plus équilibré, plus entreprenant et davantage tourné vers l’initiative.

Beaucoup croient savoir  qu’il possède les clés pour faire déjouer les plus grandes sélections, à commencer par la redoutable équipe de France, qui pourrait croiser la route des Lions de l’Atlas si ces derniers  franchissent l’obstacle canadien en huitième  de finale samedi 4 juin à Houston aux Etats-Unis.  Certes, le chemin reste semé d’embûches. Le Canada sera un adversaire à prendre avec le plus grand sérieux. Dans une Coupe du monde, aucune rencontre n’est gagnée d’avance. Chaque match est une finale. Chaque détail peut faire basculer le destin d’une nation.

Mais le football a ceci de merveilleux qu’il refuse les certitudes. Il récompense parfois l’audace, le courage et la solidarité davantage que le prestige ou le palmarès. Pourquoi le Maroc ne pourrait-il pas rêver de la Coupe du monde ? Après tout, les plus grandes surprises de l’histoire de ce sport sont nées précisément lorsque personne n’y croyait vraiment. Une vieille maxime du football résume à elle seule cette réalité : le ballon est rond pour tout le monde. Il ne connaît ni hiérarchie figée ni fatalité. Sur quatre-vingt-dix minutes, les géants peuvent tomber et les rêveurs écrire l’histoire.

Aujourd’hui, ce rêve n’appartient plus seulement aux joueurs. Il est celui de tout un peuple. Des cafés de Casablanca aux ruelles de Fès, des villages du Rif aux oasis du Sud, de la diaspora marocaine aux quatre coins du monde, une même conviction gagne les esprits. Le peuple ne veut plus seulement participer à la fête du football mondial. Le peuple veut la Coupe. Et pour la première fois, ce rêve ne semble plus totalement inaccessible.

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